

Shinya Tsukamoto, maître cyber-punk connu pour l'événementiel Tetsuo, revient. Et il n'est pas content. Une lecture superficielle du synopsis de son nouveau long métrage A nightmare detective pourrait faire croire à une série B comme on en produit des masses. C'est-à-dire ancrée dans des conventions et surfant sur un sujet banalisé (les défaillances du rêve, la manipulation mentale). De quoi faire peur de la part d'un formaliste en quête de révolutions permanentes. Il n'en est rien. Ce film est d'une simplicité trompeuse et renvoie au meilleur de Kyoshi Kurosawa. A savoir Cure dans lequel le cinéaste japonais emmenait le spectateur sur une fausse piste similaire (le tueur qui hypnotise ses victimes) et vers la découverte progressive d'une révélation terrible. Outre ce point, le réalisateur de Tetsuo a compris que les spectateurs commençaient sérieusement à se lasser de la vague post-Ringu avec des systèmes de vengeance surnaturelle et des fantômes aux cheveux longs - écueil plombant qu'il élague ici avec une élégance souveraine. Entre tragique et parodie, il offre des pistes plus stimulantes et non moins ambiguës. Contrairement aux apparences, il ne s'est pas calmé. On a presque l'impression qu'il a fait ce film en réaction à son précédent Vital, comme pour contredire les mauvaises langues qui commençaient à l'assimiler à un David Cronenberg dans sa période arty. A dire vrai, Vital était à Shinya Tsukamoto ce que Angel Dust était à Sogo Ishii : des films anxiogènes qui traduisaient une fausse placidité en même temps qu'ils marquaient un contraste avec les oeuvres qui les avaient fait connaître (Tetsuo pour Tsukamoto ; Electric 800 000 V pour Ishii).

A nightmare detective rappelle que Tsukamoto est un auteur indépendant, à la sensibilité singulière. Un peu comme Snake of June, dont le scénario était écrit avant Tetsuo, était une manière, certes partiellement convaincante, de renouer avec les obsessions du cinéaste à ses débuts (retour au noir et blanc, malaise des grandes villes, charivari interne qui chahute le quotidien de personnages frustrés, expérimentations visuelles chocs) pour mettre à mal la perplexité provoquée par Gemini, son second film de commande après Hiruko, the Goblin. Nageant dans les eaux troubles du polar alambiqué et du film d'horreur rudement efficace, A nightmare detective suit une étrange affaire. Celle de flics confrontés à une mystérieuse série de suicides qui trouvent la trace sur Internet d'un homme capable d'entrer dans les rêves de ses proies et de les contraindre à se donner la mort. Tout le récit s'articule autour d'un thème foncièrement Tsukamotien: la manipulation de l'être humain - voire de son aliénation mentale - et de son corps par des moyens et des événements qui le dépassent. Cela rejoint un peu l'hypothèse de Satoshi Kon dans Paprika qui s'inquiète de la domination du rêve par la science à des fins condamnables, avec la même morale (on ne peut pas contrôler ce qui est incontrôlable). Les autocitations assurent que nous ne sommes pas dans un film de commande même si A nightmare detective y ressemble en apparence: la peiture d'un univers paranoïaque cerné par des immeubles renvoie à Tokyo Fist tandis que l'apparition du monstre évoque Tetsuo. La personnalité est amplifiée par la présence de Chu Ishikawa pour la bande-son et de quelques figures connues en terme d'interprétation (Masanobu Ando, Ren Osugi, Ryuhei Matsuda).
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