

C'est un fait, et ce n'est pas Soap, petite production danoise qui va démentir la réputation: le cinéma danois suscite un sérieux engouement partout là où il passe. A tort ou à raison? Effet de mode ou enthousiasme sincère ? Peu importe : les faits sont têtus. Durant des années, des cinéastes aussi dissemblables que Lars von Trier, Gabriel Axel ou Bille August ont largement contribué à sa popularité éclectique en cherchant indépendamment à créer leurs propres formules. La bonne nouvelle, c'est qu'il s'avère extrêmement prospère et donc prometteur. Par exemple, son développement a permis la naissance de nouvelles sociétés de production qui peuvent rivaliser avec la plus ancienne (Nordisk Film qui depuis le début du siècle dernier défend les couleurs du Danemark sur le marché mondial). Aujourd'hui, il faut compter sur des boîtes plus modernes et intuitives comme Zentropa Film, celle dirigée par Lars von Trier, figure tutélaire locale, responsable de grands (Festen, de Thomas Vinterberg) et petits films (Mifuné, de Søren Kragh Jacobsen) très remarqués à l'étranger. En parallèle, elle s'est spécialisée dans la pornographie pour faciliter certains financements. Dans les années 90, le cinéma Danois fait figure d'avant-garde, comme il pouvait l'être dans les années 70 en permettant notamment une représentation de la sexualité totalement décomplexée. La relève a été assurée par les disciples - hélas un peu trop sages - du Dogme dont les règles artistiques immuables auraient dû être enfreintes et donc transgressées. A l'époque, elles ont révélé une vraie novation dans l'industrie cinématographique, au point d'inspirer des cinéastes étrangers, avant finalement de révéler les limites d'un système archaïque.

Thomas Vinterberg est le réalisateur qui incarne le mieux ce gâchis: il n'a jamais rebondi après Festen, réalisé il y a maintenant plus de dix ans et ce malgré une parenthèse américaine glacée (It's all about love, foirage monstrueux). Nonobstant, ce procédé qui consiste à se passer d'éclairages artificiels, de musique, de costumes pour privilégier la modestie des budgets, l'absence d'effets spéciaux, la tension dramatique et les performances d'acteurs continue de faire illusion. Soap s'inscrit dans les us et coutumes du Dogme sans chercher à proposer une alternative. La seule qui ait réussi à passer cette mode, c'est peut-être la réalisatrice Lone Scherfig qui a utilisé cette économie de moyens pour des résultats saisissants (Italians for beginners et Wilbur, deux opus qui parlent davantage avec le coeur qu'avec des travelings tape à l'oeil). En contrepoint à ce cinéma du coeur (tout le monde rêve d'un mélo à la Breaking the waves, mais tout le monde n'a pas la roublardise ni l'intelligence machiavélique d'un Lars Von Trier), il existe une autre école, plus classique et moins déterminée, à laquelle appartiennent des cinéastes "anciens" comme Bille August (reconnu avec l'intense Smilla et les mémoires d'Ingmar Bergman avec Les Meilleures intentions, palmé à Cannes) et Gabriel Axel (Oscarisé avec Le festin de Babette). En définitive, c'est en réaction à ce vieux cinéma danois naphtaliné que Lars Von Trier a réalisé dans les années 80-90 sa sauvage trilogie européenne comprenant L'Élément du crime, Epidemic et Europa. En bouleversant les codes formels en vigueur, il court-circuitait les doxas du cinéma danois. A l'époque, il fallait remonter au cinéma de Carl Th. Dreyer (Ordet) pour trouver une pareille proposition et une telle révolution visuelle. Aujourd'hui encore, Dreyer demeure néanmoins la valeur indémodable du pays.
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CINE : SOAPPremier film instigué par le New Danish Screen et signé par Pernille Fisher Chri... | ||






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