

LE FLOP DU FLOP
Commençons par le pire. C'est logique, on annonce toujours la mauvaise nouvelle avant la bonne. Dans tous les festivals, il y a des ratés mais à Cannes tout est amplifié, démesuré et aucun cinéaste n'est à l'abri d'une projo d'anthologie où la presse, bien remontée de s'être levée à 7h30, toute souffreteuse et s'enquillant des plaquettes de gurozan à la tracto-pelle, peut décider impunémemnt du sort d'un film et de son avenir au palmarès. Un film hué aura toutes les chances de ne pas être cité le jour de la remise des prix. C'est le jeu... Ainsi cette année, trois films ont l'unanimité négative... A commencer par le dernier long-métrage argentin de Lucrecia Martel, La femme sans tête, qui porte bien son nom puisque la réalisatrice avait oublié de nous prévenir que son film s'était fait sans les yeux, sans les mains et sans personne d'ailleurs. Pas un plan utile, pas une once de scénario, une brise d'émotion, c'est le néant. Du grand art... On entendra dire chez des confrères qu'il s'agit d'un Lynch politisé, de notre côté on n'y a pas vu grand-chose. Ah si, y a le... Ah non, c'est dans un autre film. Quelques jours plus tard, un certain français ressorti de sa fresque romantique post68tarde débarque sur la croisette, cerveau au vent, accompagné de son fils et de la fille de Johnny Hallyday pour monter les marches. Qu'ils étaient beaux, tous trois venus présenter leur dernier chef d'oeuvre tant aimé d'une caste de l'aristocratie cinématographique : La frontière de l'aube. Le choc. Philippe Garrel nous offre ici une oeuvre neurasthénique particulièrement assommante. Hué lors de sa projection, le film atteint les profondeurs abyssales du néant cinématographique où la caricature d'un cinéma « d'auteur » plombant côtoie dangereusement un scénario digne d'un mauvais court-métrage étudiant. Alors que la majorité du public cannois applaudissait lors des fondus au noir dans l'espoir de mettre un terme au calvaire, quelques irréductibles cinéphiles ont tout de même salué l'oeuvre du cinéaste. De notre côté, on se réveille doucement de ce mauvais rêve à mi-chemin entre une parodie de Murnau et les pensées philosophiques d'un lycéen en manque. Rires acceptés... Dans le petit pays de Philippe Garrel, où le cinema se fait dans l'espoir de toucher trois personnes, les personnages se noient dans des dialogues aussi vides que prétentieux. Formidable... La claque du nouveau cinéma français. Enfin de l'air frais, non ?

Troisième et dernier mal-aimé, Wim Wenders. Nous ne sommes pas là pour tirer sur l'ambulance mais la chute est rude. Difficile en effet de trouver quelconques circonstances atténuantes au nouveau long-métrage du palmé allemand dont le monde entier pleure encore son sublime Paris, Texas. Palermo Shooting, métaphore ultra symbolique de tout et de rien traite de la vie, la mort et l'amour au coeur d'un thriller vaguement philosophique dont les bonnes intentions de départ viennent se crasher littéralement contre une mise en scène esthétisante et poussive à la limite du supportable. Casting foireux et écriture approximative couronnent le tout et forment ni plus ni moins que l'un des pires films de cette sélection cannoise. Wim Wenders broie du noir et mouline du vent, résultat : c'est laid et c'est chiant. On ne retiendra pas uniquement ces trois petites erreurs dans la filmographie de ces auteurs et en jetant un petit coup d'oeil aux festivals alertnatifs, on peut remarquer que les mauvaises surprises ne sont pas l'apanage de la sélection officielle. En vrac, on évitera un Wendy and Lucy ennuyeux comma la mort où une jeune SDF recherche sa chienne pendant 1h30. On se passera du documentaire Blind Loves sur les passions des aveugles : convenu et plat. On demandera à Kyoshi Kurosawa de se replonder dans le cinéma d'horreur et d'éviter les drames familiaux à l'avenir. Leos Carax peut attendre encore 10 ans pour un autre film, on n'est pas pressé, son segment « Merde » de Tokyo n'ayant que très peu convaincu et on finira avec la demi-décéption Woody Allen qui nous sert une comédie romantique quasi insolente envers son spectateur par son manque cruel d'originalité. C'est Woody, on pardonne. Ne parlons pas de la déception Indiana Jones, nous sommes déjà longuement revenus dessus.
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