
CINE : SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX
Tout sur SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX - La Critique - Photos - Le 2008-06-02 03:03:08SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX
Un film de Laurence Ferreira Barbosa
Avec Florence Thomassin, François Civil, Marine Barbosa, Carine Barbosa, Thomas Cerisola, Emile Berling
Durée : 1h53
Date de sortie : 16 juillet 2008

Loin du film de lycéens traitant de l'apprentissage de la vie ou de la découverte de la puberté et des premiers émois, Laurence Ferreira Barbosa tient son propos sur deux aspects très particuliers de l'adolescence, ceux de la perte des repères et de la remise en cause de l'autorité. En l'absence de la figure paternelle et suite à un déménagement non désiré et imposé par la mère, Martial déploie désormais son esprit de contradiction et se réfugie dans son univers, sa petite chambre qu'il partage avec un étrange squelette complice, ni homme ni femme mais bel et bien un partenaire de jeu. Ce dernier fait irrémédiablement penser à Martin, le squelette qui veille dans la salle de biologie aux bêtises des enfants du film Les disparus de Saint Agil. Un certain plan du film rappelle par ailleurs cette parenté lorsque Martial découvre le squelette avec une cigarette au bec, cigarette installée par les jumelles qui se sont réfugiées chez lui et qui fait écho aux cigarettes que fument en secret les enfants du dortoir du film de Christian-Jaque.
Bien entendu cette remise en cause de l'autorité passe tout d'abord par les jumelles qui entraînent Martial dans leurs jeux étranges et fantasques, depuis la violation des domiciles jusqu'à la consommation de substances illicites en passant par un simulacre de relation sexuelle, un événement qui déséquilibrera par ailleurs l'apparente relation fusionnelle des deux soeurs. Pourtant la volonté de contredire l'autorité parentale est bien plus ancrée chez Martial que l'on ne croit. Très tôt dans le film il menace sa mère d'un couteau, pour rigoler dit-il. Pas tant que ça. Il n'a pas plus de problème à lever la lame vers sa mère qu'il n'en a à craquer l'allumette qui mettra le feu à une résidence. L'esprit délinquant se tapit au coeur de sa personne, une pulsion qui, malheureusement, ni sa mère ni son père ne sont là pour endiguer. Martial, comme les jumelles, se réclament de la marge parce que, contrairement aux autres élèves de leur classe, ils sont bel et bien seuls et maîtres chez eux.

Film quelque peu insaisissable, la cinéaste nous embarque sans trop savoir où aller. Comme les jumelles, elle possède les clefs des différents appartements, endroits que nous, spectateurs, ne savons pas identifier. Le film qui débute par la relation entre la mère et son fils vire vite à la fascination qu'éprouve Martial envers les jumelles, la vraie révélation du film. Se déplaçant tels des robots, leurs visages stoïques et inexpressifs sont d'une inquiétante étrangeté. Alors que le jeune homme commence à les connaître peu à peu, nous découvrons avec lui un système de communication original et personnel. L'une parlant secrètement à l'autre, elles se meuvent et pensent tel un seul corps, un seul esprit. Nous tombons sous le charme de ces deux chipies bien plus malignes qu'elles en ont l'air. Leurs silences en disent long sur leur désir de transgression. Martial trouvera finalement dans leur excentricité un écho à sa propre marginalité.
David A.
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