

Scandaleuse, inestimable, obscène, insupportable, irrésistible. Tous les superlatifs se bousculent pour qualifier Divine. Et les plus orduriers sont les bienvenus. Pour ainsi dire, Divine (alias Harris Glenn Milstead à l'état civil) reste une figure majeure dans le cinéma de John Waters : elle a été la muse de l'artiste pendant toute sa période trash, voire même après Polyester. Aujourd'hui, pas un seul des délires de Waters ne fait allusion à cette période de camaraderie potache. Pour ceux qui auraient la malchance de ne pas le connaître, John Waters est un réalisateur hors des conventions. Dans la vie de tous les jours comme au cinéma, il aime les tueurs en série (il voue un culte à Charles Manson); les poubelles de star (il a essayé d'acheter celle de Jackie Kennedy, sans succès); la pornographie (il convie souvent des acteurs/actrices issus du X dans ses productions); la photographie (il expose dans le monde entier). Ses références s'étendent de Ed Wood à D. W. Griffith en passant par Russ Meyer, R. W. Fassbinder et Andy Warhol. Dans les années 60/70, Waters cherchait ostensiblement dans ses premiers travaux à mettre en scène l'histoire la plus ignoble de l'histoire du cinéma, passant en revue les pires perversions humaines qu'elles soient sexuelles, sociales ou morales. D'où l'envie pressante de montrer des choses que l'on ne voit pas dans les fictions de l'époque. Il a atteint un sommet avec Pink Flamingos (1972), course à l'ordure, film-poubelle dégueulasse et exquis. Waters ne fait plus une interview sans qu'on ne lui en parle. Notamment à cause de cette scène où Divine bouffe pour de vrai une déjection canine. Depuis, il existe une loi aux USA interdisant cette pratique. Un peu comme celle condamnant ceux qui font sécher leurs animaux de compagnie dans leur micro-ondes.

A l'instar de Fassbinder, Pasolini et tant d'autres, Waters fait généralement revenir les mêmes acteurs de film en film avec une tendresse pour chacun d'entre eux, aussi bien ceux qui ont une apparence normale et semblent fêlés de l'intérieur que ceux possédant la beauté cachée des freaks. Parmi les habitués de la Waters'team, on retrouvait Mink Stole, David Lochary, Edith Massey, Mary Vivian Pearce ou encore Cookie Mueller. Mais le plus célèbre d'entre eux reste aussi le plus exubérant: Divine/Harris Glenn Milstead, personnage schizophrène et ambigu, drag-gueen exubérante pour le grand écran, monsieur inhibé dans l'existence. Jeune, il a vécu dans la banlieue de Baltimore, lieu où se déroulent tous les films de John Waters. Comme Divine, Waters a grandi dans cette ville et connaît ceux qui y vivent sur le bout des doigts. La première fois qu'on a vu Divine chez Waters, c'était dans les courts et moyens métrages de la fin des années 60, tournés en noir et blanc avec trois bouts de ficelle. Elle n'avait qu'un rôle épisodique dans Eat your make up et Mondo Trasho. Célèbre pour avoir tenu l'affiche pendant des années lors du cérémonial «Midnight Movie», initié par El Topo, de Alejandro Jodorowsky, Pink Flamingos reste le film qui a largement contribué à sa popularité underground (elle endosse le premier rôle) en même temps qu'il a permis au pope of trash de connaître une reconnaissance au-delà de Baltimore. Le résultat était tellement exceptionnel que John Waters avait pensé un moment réaliser une sorte de suite sous le titre Flamingos Forever. L'histoire devait se dérouler 15 ans après les premières mésaventures avec, en sus, un petit-fils travesti de 8 ans sur les bras pour atteindre les sommets d'immoralité. Il n'en sera rien. Troma avait pourtant proposé 600 000$ pour tourner le film mais les morts de Divine et Edith Massey, éléments essentiels à la bonne tenue de l'ensemble (l'une pour faire pire encore; la seconde pour réclamer des oeufs dans sa cage), ont découragé Waters. Pour les petits curieux, le script est intégralement disponible dans le livre Trash Trio, avec ceux de Pink Flamingos et Desperate Living.
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