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LE COIN DU CINEPHILE : SAFE (TODD HAYNES)

LE COIN DU CINEPHILE : SAFE (TODD HAYNES)

Tout sur SAFE - Photos - Le 2008-06-03 09:54:16


Safe, de Todd Haynes. Gros sujet (la dépression qui guette tous les blasés qui n'ont plus le goût à rien) pour un grand film (a-t-on déjà dit que Julianne Moore était l'une des meilleures actrices au monde?) qui donne envie d'hurler aux adjectifs les plus cons et d'employer les superlatifs les plus vendeurs mais ce serait totalement vain. Le seul moyen de le présenter finalement, ce serait de dire la vérité, de vanter son éclat glacé, de louer sa force inédite, de dire aussi que c'est d'une tristesse mortifère à toute épreuve et que ça va vous plomber votre week-end. Qu'il s'agisse de parler d'une poupée Barbie asphyxiée par la célébrité (Superstar : The Karen Carpenter Story) ou d'une femme mal mariée amoureuse d'un jardinier black (Loin du paradis), Todd Haynes n'a pas son pareil pour radiographier les états d'âme de femmes oppressées. Ici, une femme au foyer qui se détruit pour se reconstruire, qui se déteste pour s'aimer, qui souffre d'un mal inconnu dont on ne prononce pas le nom. A l'époque, tout le monde criait à la métaphore sur le SIDA. Ouais mais le film met le doigt sur quelque chose de plus profond, de plus subtil. C'est son mystère, sa beauté.


"L'air de rien, c'est l'ère du vide que décrit Todd Haynes. Un gouffre asphyxiant. Safe, c'est aussi la synergie totale et fusionnelle entre une actrice (Julianne donc) et un réalisateur (Todd Haynes), deux artistes qui donnent la sensation intimidante d'avoir touché une vérité très intime."

Récemment, je suis retombé par le plus grand des hasards sur les dix dernières minutes de Loin du paradis, de Todd Haynes, dans lequel Julianne Moore joue une femme frustrée dans l'Amérique puritaine des années 50, coincée entre un mari homo avec lequel elle ne peut rien faire si ce n'est sourire comme une pintade en public et un jardinier black avec lequel elle noue une relation platonique où les petits riens rendent tout chabadabada. Pendant que son mari joué par Dennis Quaid fréquente les bars en quête de jeune chair fraîche, la femme, elle, se consume d'amour, fond comme un glaçon au contact de cet homme qu'elle ne peut pas aimer et qui pourtant la comprend mieux que les autres. Les cinq dernières minutes (des adieux sur le quai d'une gare) sont aussi déchirantes que celles d'Imitation of Life, de Douglas Sirk. Ils se reverront? Ils ne se reverront pas? J'en sais rien, c'est au spectateur de décider, de refaire l'histoire ou plutôt de la continuer. Pendant tout Loin du paradis, il ne se passe rien entre eux. Du moins en apparence, pour les aveugles. En fait, des tonnes de choses circulent dans les échanges de regards, dans les gestes ou même ailleurs - dans les interstices du récit qui joue à fond la carte décorative de l'hommage à Douglas Sirk sans tomber dans le pastiche poussiéreux.


«Les diktats des années 50 sont les mêmes que ceux d'aujourd'hui», semble dire Todd Haynes. Et personne ne retranscrit mieux cet état de frustration (ne pas pouvoir toucher l'autre, ne pas pouvoir dire je t'aime, ne pas pouvoir assumer) que Julianne Moore, au bord de l'évanouissement. Il n'y a pas à dire: Julianne est géniale chez Todd Haynes. Peut-être parce que ce cinéaste révèle tout d'elle, lit dans son âme, fait sortir les émotions les plus indicibles... Bref, la transcende. Le méconnu Safe, qui date de 1995, a marqué le début de leur collaboration. Ça tombe bien: c'est le meilleur film de Todd Haynes. Du moins, celui qui m'a le plus impressionné. Principalement pour sa cohérence: aller d'un point A à un point B avant de clore le récit par un monologue d'une tristesse monstrueuse. Todd Haynes ne retrouvera jamais cette maîtrise absolue. A l'époque, il était mû par quelque chose de viscéral et de farouchement indépendant. En comparaison, Loin du paradis a beau être émouvant, il reste moins offensif à mes yeux. Le récent bordel kaléidoscopique de I'm not there, son biopic sur Bob Dylan ancré dans une veine post-Velvet Goldmine - dont il reprend quelques idées visuelles - m'a confirmé à quel point Haynes était plus intransigeant, fut un temps.

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