
Organe majeur du cinéma hongkongais, Johnnie To, depuis les années 80, a réussi la synthèse du style occidental baroque et halluciné et de la véhémence traditionnelle du cinéma d'Hong-Kong. Ce sont sous les hospices de la télévision que débute Johnnie To. Il y cultive dans ses premières oeuvres la frontalité de la narration, sa linéarité univoque voire parfois la futilité d'un style. Réalisateur depuis 1980, Johnnie To (de son vrai nom To Kei Fung Johnnie) n'est connu du public français que depuis 2001, avec la distribution de son film The Mission (1999) dans le circuit commercial. Dès lors, ses oeuvres, sorties dans le désordre de leur production par différentes maisons de distribution, affluent de plus en plus régulièrement sur les écrans français. En dernier lieu les cinémas français compte à l'actif de To le psychédélique Mad Detective (2007), coréalisé avec Wai Ka-Fai, et le velléitaire Triangle (2007), coréalisé avec Tsui Hark et Ringo Lam.

Aux abords de la sortie française de Sparrow (2008) et tandis que la Cinémathèque française et l'Institut Lumière ont achevé depuis quelques mois déjà une rétrospective des films de To (consacrant ainsi le cinéaste), élevons le point de vue sur To dans un regard d'ensemble pour mieux distinguer ses grands films des piètres oeuvres. Sans prétendre à l'exhaustivité, cet article fait débuter l'oeuvre de To à The Mission. Différentes raisons appellent un tel choix. D'une part, les réalisations que To fît auparavant ne relève que des commandes commerciales et sont gorgées d'une fadeur stylistique, pâle à comparer à ce que To produira par la suite. D'autre part, The Mission symbolise l'an 1 de To dans les contrées occidentales, plus particulièrement en France, car il y fût l'un de ses premiers films distribués. La mise en scène de To fit sensation dès 1993 avec The Heroic Trio or ce film ne s'avère qu'une antichambre au vaste domaine du cinéma de To. L'article prend le parti de ne retracer que quelques uns des films de To, les plus acclamés ou les plus réussis, selon l'image d'une mosaïque : imparfaite mais harmonique.
THE MISSION / CHUENG FO (1999) ASSEZ CLASSE
Ecrit par Nai-Hoi Yau
Musique de Chi Wing Chung
Interprété par Anthony Wong Chau-Sang, Francis Ng, Roy Cheung, Suet Lam, Jackie Lui Chung-yin...
Produit par Johnnie To

Dépendant de la profusion de ses effets, le cinéma de Johnnie To ne s'avère pourtant jamais aussi efficace que quand il est bâti sur un mode mineur. The Mission, filmé en l'espace de quelques jours, est un polar distancé qui soulève le solennel du genre pour y substituer une légèreté cordiale. Les tueurs à gage ou garde du corps ne sont plus des professionnels impassibles comme Le Samouraï de Jean-Pierre Melville. La frontière, abstraction très souvent au centre du cinéma de To, se trouve abattue pour laisser rentrer les gens du peuple dans la cour des tueurs. Un coiffeur, un vagabond accro de cacahuètes, un «proxénète», une petite frappe de quartier et son jeune apprenti sont au service d'une triade hongkongaise.
Le film de To s'organise en deux temps, sciemment répartis de façon irrégulière. Le premier, occupant les trois quarts de l'oeuvre, tend à unifier les cinq hommes en une fratrie intime, embryon plus sympathique des pantins stylés d'Exilé (2007). Entre les blagues potaches, les attentes à combler en se lançant du pied une boulette de papier et les fusillades suspendues dans le temps (sans être immodérés), les compères semi-pro fomentent entre eux les liens d'une amitié. De cette amitié naîtra le désir d'une alliance. Le dernier quart du film rend cette alliance impossible. L'un d'eux se révèle avoir couché avec la femme du patron. Dans la chute des statuts, où les tueurs peuvent être des gens normaux, les codes conservent encore leurs valeurs.
Par une économie de moyen, Johnnie To préfère à l'effusion massive et encombrante de certains de ses films (comme Fulltime Killer) une simplicité de proximité tout en conservant la substantifique moelle de son style. Mais ce n'est pas encore par la poésie que To aborde la violence du monde, a contrario d'un Takeshi Kitano.
La classe factice qu'amplifiera To dans ses oeuvres futures est d'ores et déjà d'actualité. Le germe maniéré, occulté par la camaraderie des rapports, fleurit là doucement avant d'envahir l'écran dans l'étouffant Fulltime Killer.
![]() | ||
DOSSIER : LES ACTEURS FETICHES DE JOHNNIE TO (EXILES)Au fil des années, Johnnie To a su s'entourer d'une panoplie de comédiens fidèle... | INTERVIEW : JOHNNIE TO (MAD DETECTIVE)En dépit d’un sujet et un style singuliers qui portent partiellement la marque d... | |
![]() | |||||
|
|
| |||







DOSSIER : LES ACTEURS FETICHES DE JOHNNIE TO (EXILES)
INTERVIEW : JOHNNIE TO (MAD DETECTIVE)




































