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CINE : GLORY TO THE FILMMAKER !

CINE : GLORY TO THE FILMMAKER !

Tout sur GLORY TO THE FILMMAKER! - La Critique - Photos - Le 2008-06-04 04:06:45


Une oeuvre à la fois kaléidoscopique et parodique qui plonge le spectateur dans les affres de la création et charrie autant le film d'horreur que la science-fiction pour rendre in fine un hommage au cinéma nippon dans toute sa diversité.

Romain Le Vern 8
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Présenté à la dernière Mostra de Venise, Glory to the filmmaker!, de Takeshi Kitano, doit se voir comme une nouvelle "expérience de destruction" après le déroutant Takeshi's qui s'est déjà chargé de faire le tri entre les réceptifs et les réfractaires. Le second volet d'une trilogie où le cinéaste revisite pour de rire son cinéma. En résulte une oeuvre à la fois kaléidoscopique et parodique qui plonge le spectateur dans les affres de la création et charrie autant le film d'horreur que la science-fiction pour rendre in fine un hommage au cinéma nippon dans toute sa diversité.

GLORY TO THE FILMMAKER!
Un film de Takeshi Kitano
Avec Keiko Matsuzaka, Toru Emori, Kazuko Yoshiyuki, Akira Takarada
Durée : 1h48
Date de sortie : 16 Juillet 2008

glory to the filmmaker !

Première scène : un double de Takeshi passe au scanner sous l'oeil inquiet des docteurs bien nommés (Ozu et Mizogushi). Il révèle des symptômes inquiétants : Kitano serait en panne de lui-même. En réalité, sa maladie représente une petite caméra qui finira par exploser dans son cerveau. Compilation de projections cinématographiques qui pourraient donner lieu au film idéal pour remonter la pente, Glory to the filmmaker! (Kantoku Banzai!) a tous les atours d'un objet expérimental qui prend la forme d'une blague interminable dont on attend avec délectation une chute forcément décevante. Avant de se rendre compte que la manière de la raconter est ce qu'il y a de plus excitant. Beaucoup risquent de réduire cet exercice de style existentiel à une facétie réflexive déjà amorcée avec Takeshi's. D'autres oseront aller plus loin dans l'analyse. En réalité, cette structure narrative décousue qui privilégie le décalage et les débordements évoque Getting Any?, qui ressemblait déjà à une succession de saynètes disparates assaisonnées de blagues idiosyncrasiques et scatologiques. A bien regarder sa filmographie, ce goût de l'éclectisme ne date pas d'hier : il suffit de voir le récent écart entre la version modernisée de Zatoichi et la dérive sentimentale de Dolls qui en apparence ne portent pas l'empreinte du même artiste. Un leurre, bien entendu.

glory to the filmmaker !

On l'a connu clown triste, narcissique, nerveux, violent, pathétique, mélancolique. L'artiste polyvalent est aujourd'hui paumé. Paumé dans un univers proche de Fellini, placé sous les signes du double (acteur/réalisateur, amuseur Beat Takeshi/auteur Takeshi Kitano, homme/marionnette) et de la multiplicité schizophrène : qui est-il réellement ? Comment évolue-t-il ? Où va-t-il ? Impossible de donner de réponses claires. Kitano a juré qu'on ne le reprendrait plus à filmer des yakuzas qui ont du vague à l'âme. Chez lui, destruction rime avec autodérision : sa préoccupation consiste à démolir ce qui il y a encore trois ans était considéré comme extrêmement sérieux à travers des mises en abyme où il se met lui-même en scène. Son cinéma simule la crise artistique pour explorer - sans boussole - de nouveaux modes d'expressions narratifs et visuels et donner un relief plus complexe à sa filmographie morcelée. Maintenant, tout dépend si on a envie de partager le délire. Ce nouveau long métrage - peut-être le plus singulier qu'il ait jamais réalisé - ressemble à une peinture abstraite. Selon ses propres mots, lors d'une conférence de presse à la Mostra de Venise, il a puisé son inspiration dans le cubisme dont l'influence se révèle manifeste à l'écran. Il aurait cependant dû conserver en tête cette phrase de Cézanne : "l'artiste doit redouter l'esprit littérateur, qui fait si souvent le peintre s'écarter de sa vraie voie — l'étude concrète de la nature — pour se perdre trop longtemps dans des spéculations intangibles".

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