
CINE : LA TROISIEME PARTIE DU MONDE
Tout sur LA TROISIEME PARTIE DU MONDE - La Critique - Photos - Le 2008-06-09 16:44:33LA TROISIEME PARTIE DU MONDE
Un film d'Eric Forestier
Avec Clémence Poésy, Eric Ruf, Maya Sansa & Gaspard Ulliel
Durée : 1h45
Date de sortie : 18 Juin 2008
Un jour, quelque part, Emma et François se croisent, se regardent, s'aiment, discutent du chaos dans l'univers et des trous noirs. Tout est instantanément beau et étrange, jusqu'au jour où François ne revient pas. Emma est seule, perdue, déboussolée. Entre le frère de François et sa femme, son patron mécontent, un étrange medium et un couple de japonais, elle va tenter de comprendre ce qui se passe dans son univers et surtout, ce qui ne va pas chez elle...

Un premier film se remarque à plusieurs choses. Des histoires que l'on sent vécues (Forestier avoue savoir exactement d'où vient Emma), des dialogues très spontanés et « vrais », des longueurs, un manque de rigueur, et une cinéphilie évidente. Pour ces différentes raisons, cette troisième partie du monde ne laisse pas indifférent. On a beau se répéter pendant la projection que quelque chose ne fonctionne pas, on se laisse emporter par ce tourbillon parfois maladroit mais toujours sincère de poésie obsolète dans lequel se perdent Emma et les autres.
La première partie du film démontre que le jeune réalisateur maîtrise son récit : naviguant entre passé et présent, dévoilant peu à peu ses personnages et leurs failles, Forestier parvient à mettre en place une ambiance particulière. Là où beaucoup de film mettent en avant efficacité et rapidité dans leur exposition, il laisse le temps à son histoire de s'installer tranquillement mais sûrement. La mise en scène délicate capte de jolis petits moments, la photographie est un brin classique mais belle à regarder, et l'alchimie entre les deux acteurs fonctionne à merveille. La scène où Emma fait une liste de ce qu'elle aime chez François illustre le savoir faire de Forestier : bien écrite (Emma n'est finalement pas qu'une vague image de la fille parfaite, blonde et gentille), bien jouée, mise en scène avec adresse (le passage au flash back).

Puis vient le choc narratif inspiré par la psychose d'Hitchcock. François disparaît, laissant derrière lui un chaos qui ne fera qu'augmenter au fur et à mesure que le récit avance. Et c'est d'ailleurs là le problème : le récit avance t-il vraiment ? Lorsqu'Emma et Michel, le frère de François, entament à leur tour une histoire, lorsque celui-ci commence lui aussi à disparaître d'amour et que sa femme rejette Emma, et que celle-ci se lance à la recherche d'on ne sait trop quoi, on commence à perdre pied au moins autant qu'elle. Le problème étant qu'on ne peut illustrer le sentiment des personnages de l'autre côté de l'écran (un film sur l'ennui n'est pas censé ennuyer le spectateur). Au bout d'un moment, on en vient à se demander où cela est censé mener, et pour quelles raisons on devrait suivre Emma jusqu'à la fin, puisqu'on ne sait même pas ce qu'on devrait en attendre. En résulte un sentiment de confusion général qui survole la dernière partie du film. Les évènements s'enchainent au gré des aller et venues d'Emma, mais s'imbriquent assez mal alors qu'un chemin plus court et plus simple aurait sans aucun doute servi la fin du film.
Mais ce que l'on ne peut reprocher à Eric Forestier, ce sont ses idées, ses partis pris, ses influences, sa sincérité, et son film lui-même. Parce qu'un film comme celui-ci dans le paysage cinématographique français actuel, ça fait quand même plaisir, et ça redonne de l'espoir. Rien que pour cette raison, son film vaut le coup d'oeil.
Geoffrey Crété
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