

Ce second opus est le sommet de la trilogie car on sent que le cinéaste a pu donner à cette histoire l'ampleur qu'il souhaitait. Elle évoque très directement les mythes : celui de la Mafia comme version moderne de l'empire romain, et celui du rêve américain. Cet opus est sombre et pessimiste pour Michael, optimiste et lumineux en ce qui concerne son père Vito, même si l'odyssée commence et s'achève dans un bain de sang pour l'un et l'autre. Il y a de plus le rapprochement de deux des plus grands acteurs de leur génération dans un fondu légendaire, Al Pacino et Robert de Niro, que l'on ne retrouverait ensemble à l'écran que beaucoup plus tard dans le Heat de Michael Mann. Tout ici est empreint de majesté que l'on conte l'avènement d'une dynastie (avec Vito) ou sa chute (avec Michael).
Prologue: Enfance de Vito, le baptême d'Anthony
Comme dans le premier film, la structure est classique et commence par deux scènes d'exposition qui posent les bases du récit. Le premier plan s'inscrit dans la continuité la plus stricte, on retrouve Michael tel qu'on l'avait quitté, devenu Don, gros plan sur son visage devenu impassible. Puis on revient des années en arrière, à l'origine de la famille. Le jeune Vito Andolini est le dernier né d'une famille décimée par l'impitoyable Don Ciccio. Sa mère, madone sicilienne, va implorer son ennemi pour qu'il épargne son dernier fils. Il refuse. Elle tente de le tuer. Elle est assassinée à bout portant sous les yeux du petit qui fuit et se cache. On l'envoie aux Etats Unis pour échapper à la Vendetta. Là, Coppola convoque des images classiques, comme des photos d'époque (dont il s'est inspiré), une teinte sépia pour évoquer le caractère presque héroïque et emblématique de la vie de Vito Corleone. Lorsqu'il débarque à New York, on voit le bateau chargé de passagers. La première image de l'Amérique est la statue de la liberté (on se souvient de la toute première réplique du Parrain : « I believe in America »). C'est avec un beau souffle qu'il suggère le destin de ces immigrants. Vito débarque à Ellis island, autre lieu liée à la mythologie américaine, rarement montrée avec une telle justesse, comme une fresque. On songe à Kazan et à son film America, America. C'est alors qu'il est baptisé du nom de son village, Corleone. Le destin de Vito ressemble dès lors à une geste héroïque, éternelle, teintée de romantisme, presque emblématique de ce que l'Amérique a pu représenter pour ceux qui y trouvaient refuge. Comme je l'ai déjà dit en évoquant le premier film, cette notion de « refuge » est primordiale puisqu'elle correspond au sens premier de la Mafia. Elle est surtout fondamentale en ce qui concerne Vito. La séquence s'achève sur l'enfant mis en isolement pendant trois mois (il a la variole), se berçant d'une chanson belle et naïve, aux portes de son nouveau pays. Un écriteau apparaît « Vito Corleone, Ellis Island, 1901 ». L'impression d'un passé nostalgique et héroïque est renforcée.

Un fondu s'ensuit, la musique d'un orgue prenant le dessus sur la voix fluette de l'enfant. On voit un jeune garçon avancer solennellement en tenue de communiant. Il s'agit d'Anthony Corleone, petit fils de Vito, en 1958, dans le Nevada. La scène d'exposition continue. Après les origines de la famille, les origines de la tragédie qui va se jouer pendant le film et la présentation des personnages « contemporains ». Il y a rupture avec l'harmonie et l'unité affichée dans le mariage du premier film. Nous ne sommes plus dans le berceau de la famille, les affaires ont évolué, comme en témoigne la présence du sénateur Geary, maitre de l'Etat.
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