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CINE : THE HAWK IS DYING

CINE : THE HAWK IS DYING

Tout sur THE HAWK IS DYING DRESSE POUR VIVRE - La Critique - Le 2008-06-10 06:23:09


Une curiosité indie fauchée mais attachante, intégralement portée par Paul Giamatti, égal à lui-même. Donc génial.

Romain Le Vern 6
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Cela faisait un bon moment que l'on attendait la sortie de The Hawk is dying, curieux petit film indépendant réalisé par Julian Goldberger et ce deux ans après une présentation (très mitigée) à la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. Au-delà des faiblesses, les audaces du récit servent plus qu'elles ne desservent une histoire introspective. Paul Giamatti, qui donne envie de croire à la folie de son personnage, convoque les substantifs les plus prestigieux.

THE HAWK IS DYING
Un film de Julian Goldberger
Avec Paul Giamatti, Karl Anthony, Michael Pitt
Durée : 1h46
Date de sortie : 09 Juillet 2008

The hawk is dying

A l'origine, il y a un roman éponyme de Harry Crews, écrivain réputé pour son humour saugrenu et ses récits violents mettant en scène l'Amérique pauvre du Sud des Etats-Unis, écrit en 1973. Le réalisateur Julian Goldberger en est un amoureux éperdu. La bonne nouvelle, c'est que l'adaptation de Goldberger respecte totalement les intentions de Crews en rendant justice aux sujets qui l'obsèdent. Une belle synergie qui confirme que les deux artistes sont sur la même longueur d'onde et que The Hawk is dying n'est pas le massacre d'un faiseur qui en l'occurrence aurait certainement arraché les pages les plus intimistes ou cruelles pour donner une cadence consensuelle. Le récit se développe à la manière d'une chronique du quotidien, centrée sur trois personnages (un homme triste, sa soeur divorcée et son neveu attardé), selon une douce ondulation. Manifestement, cette transposition déroute en raison du rythme émollient, de la forme dépaysante et de la narration singulière qui réclament un minimum de concentration. Pour ceux qui ne connaissent pas l'univers de Crews (qui aurait certainement défendu cette version pour le goût de l'intransigeance et le mélange adéquat de tragique et de grotesque), la déception peut venir du fait que l'on n'y trouve pas forcément ce que l'on était venu chercher. Ce n'est pas pour autant une raison suffisante pour s'en plaindre et l'abandonner sans chercher à comprendre les errements et l'objectif mal défini.

The hawk is dying

Non seulement The Hawk is dying, élaboré en 24 jours avec un budget faible, n'a rien de honteux ; mais, en plus, il propose un intéressant exercice littéraire dont l'objectif consiste à traduire un mal-être intérieur à travers des figures aussi risquées que la métaphore, la litote et l'allégorie. Au grand risque de faire rimer tout ça avec bazar poétoc. On peut aussi, à travers ces procédés, trouver une réflexion pertinente sur la communication: les sentiments les plus opaques ne peuvent pas se traduire avec des mots simples. Passé un rebondissement inattendu, surgit une histoire d'amour marginale entre le personnage principal et une prostituée, sorte de princesse chiffonnée, deus ex machina fantasmé et réparateur, qui emmène l'histoire vers la fable. En dépit de personnages secondaires plutôt fouillés, la structure narrative reste fidèle aux hésitations du protagoniste (Giamatti, de tous les plans). Le style visuel, plutôt pauvre, privilégie le mouvement à l'esthétisation pour suggérer la liberté du personnage principal qui s'extrait du monde au contact des faucons. L'impact émotionnel de The Hawk is dying est certainement inférieur à ce que l'on pourrait en attendre. Là où le traitement de grands sujets comme le deuil et l'exil intérieur auraient servi ailleurs (et avec plus de moyens) à un prétexte pour foutre les doigts dans les yeux du spectateur et titiller la corde sensible, Goldberger emprunte des sentiers plus stimulants.

The hawk is dying

Sous la caméra de cet artiste qui a commencé comme documentariste - et ça se ressent -, il émane une réel poésie des êtres. La rusticité des personnages, tous secrètement à la recherche d'un idéal pour bousculer leur quotidien, érode le tragique des situations. Bien écrit et supérieurement interprété (jeu modeste et fluide des acteurs, tous emprunts d'une réserve qui contrecarre les jaillissements abrupts), The Hawk is dying n'est jamais écrasé par la prétention, respecte le temps de l'apprivoisement, donne le temps au temps. D'une pareille prise de risque, il émane un charme inattendu comparable à celui des rencontres improbables. Et puis, il y a Paul Giamatti, acteur exceptionnel, qui peut tout se permettre. Absolument tout. Sa capacité à rendre vraisemblable l'invraisemblable finit de rendre ce film, aux bases fragiles, assez attachant.

Romain Le Vern



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