
Romain Le Vern 5
NIGHT AND DAY
Un film de Hong Sang-soo
Avec Kim Young-ho, Park Eun-hye, Hwang Su-jung, Kee Joo-bong, Kim You-jin
Durée : 2h25
Date de sortie : 23 juillet 2008

Dans le cinéma coréen il y a la tendance directe et radicale d'un Park Chan-wook par exemple, mais il y a également l'option délicate d'un Hong Sang-soo. Cinéma intimiste, posé et réaliste, le cinéaste filme les êtres tels qu'ils sont, fragiles et à la merci de la vie. Son nouveau film n'échappe pas à la règle, le jeune Sung-nam voit son destin s'échapper de ses mains et, dans l'attente d'un verdict favorable par l'entremise de sa femme, ne sait que faire devant cette situation intenable. Sans repère ni obligation, le jeune peintre, qui délaisse sa passion, ne peut qu'errer et tourner autour de ses compatriotes qui jouent alors le rôle de bouées de sauvetage. Avec eux il partage une langue commune, pourtant la communication est difficile. La peinture, autre langage en puissance, Sung-nam ne la maîtrise qu'imparfaitement et les discussions avec les deux jeunes femmes apprenties artistes tournent souvent dans le vide.
Comme dans les autres films du réalisateur, le personnage principal construit sa vie autour des femmes et de l'alcool, un alcool justement libérateur, qui désinhibe et lui permet d'aborder de front la gente féminine, souvent de manière grossière et sans tact. Son côté gauche se mêle parfois à une agressivité incompréhensible, qui éclate mais se désarme tout aussi vite. Si Sung-nam rencontre des personnes inconnues, c'est aussi l'occasion pour lui de revoir une ancienne connaissance dont il avait oublié jusqu'à l'existence. Là encore, le personnage révèle son manque d'affect et de compréhension, l'autre n'existant pas vraiment. Etrangement la personne la plus proche de lui, affectivement parlant, est sa femme, dont on ne devine que la voix. Avec elle, il confie son désarroi et son mal du pays, pourtant il ne peut s'empêcher de lui mentir ou d'omettre les détails de sa vie quotidienne.

L'autre personnage intriguant du film est la jeune Yu-jeong, celle vers qui Sung-nam se sent attiré. Tout d'abord réfractaire et légèrement dédaigneuse, elle va pourtant se laisser séduire par sa rudesse et dévoiler quelque peu son caractère possessif. Elle n'est pas exactement celle qu'elle prétend être. Chez Hong Sang-soo, les femmes sont farouches et ne se démontent pas devant l'audace masculine. En effet ce sont bien elles qui mènent la danse, quitte à jouer la comédie pour arriver à leur fin. Devant la complexité des sentiments féminins, Sung-nam paraît bien trivial et mal dégrossi, cadrant mal avec l'imagerie romantique de la ville de Paris. Que ce soit devant le tableau de Courbet, L'origine du monde, ou les plages de Deauville rappelant le film mythique de Claude Lelouch Un homme et une femme, la sensibilité artistique ne semble pas non plus son fort. Encore une fois chez le cinéaste les personnages ont des difficultés à se trouver une place et se définissent avant tout par leurs failles et leurs faiblesses.
David A.













































