
INTERVIEW : ARIANE MICHEL (LES HOMMES)
Tout sur LES HOMMES - La Critique - Photos - Le 2008-06-12 05:36:16
Vous ne faites pas du tout partie du milieu scientifique, alors justement comment s'intègre t-on à une mission scientifique ?
Quand on fait des images déjà, on peut avoir besoin de vous pour en fabriquer. Moi je connaissais l'armateur du projet Tara. Quand celui-ci a racheté le bateau, il a envoyé le navire pour une première mission au Groenland en invitant des scientifiques et en leur donnant carte blanche. C'était une façon de mettre en route le bateau, qu'il était à nouveau en mouvement et opérationnel, mais ils avaient besoin d'images. L'un des enjeux de ces expéditions est justement de rapporter des images pour témoigner. Etienne Bourgois m'a proposé d'être une sorte de mémoire de l'expédition. Pour moi ça correspondait à un projet antérieur, j'ai écrit un projet sur deux pages et très vite Etienne s'est rendu compte que j'allais faire un travail personnel. Une autre personne s'est occupée d'enregistrer le déroulement de l'expédition, un petit film auto-financé diffusé dans l'émission Thalassa. Mon film avait plus une dimension artistique et cela intéressé les personnes responsables du projet, c'est comme ça que je suis devenue résidente de Tara.
Ce côté artistique était donc déjà établi avant de partir...
C'était vraiment entre deux. C'est parce que j'ai proposé un projet plutôt orienté dans ce sens.
On vous avait expliqué ce que les scientifiques allaient faire là-bas ?
Oui, j'avais bien sûr lu les directives du projet, j'avais envie depuis un moment de filmer une rencontre entre la nature vaste et sauvage, je pensais à de la neige, aux montagnes, plus précisément au Montana si vous voulez tout savoir, et les hommes. Les hommes allaient juste regarder. Du coup, pour moi, ce n'était pas un groupe d'humains qui allaient chasser ou capturer des animaux, ils allaient faire quelque chose de plus étrange que ça. Ces jeux de regards m'ont aidé à renverser le point de vue. Ce film c'est un peu un exode pour les êtres humains mais aussi parce que j'ai choisi de filmer des silhouettes d'hommes, que ces figures étaient interchangeables, non identifiables.

Votre film ne sort que cette année, en 2008, pourtant il a été tourné en 2004, pourquoi cette attente ?
En fait le film est terminé depuis juillet 2006. A l'époque le film avait été présenté au Festival International du Documentaire de Marseille, le FID. Je n'ai mis que deux ans à le faire, simplement en rentrant de l'expédition, j'étais encore bouleversée émotionnellement et surtout je ne faisais plus de différence entre les images que je revoyais et les sensations éprouvées lors du tournage, donc j'étais encore trop dans un point de vue subjectif pour travailler le film. J'ai dû attendre un petit peu pour prendre de la distance avec les rushes. Entre temps j'ai fait un autre film court qui s'appelle Sur la terre (2005) qui m'a été commandé par un centre d'art, le FRAC de Reims, une vidéo d'installation, et que j'ai tourné avec des morses comme une séquence du film Les hommes mais qui ne serait pas dans le film. Il y a une dimension mythologique dans ce film. Ensuite j'ai fait d'autres expositions qui m'ont quelque peu détournée pendant un temps.
C'était difficile de retirer des rushes un film de long-métrage ? A la fois vous avez certainement accumulé un certain nombre d'heures d'images, en même temps c'est votre premier film avec une telle durée...
Mais il faut filmer quand on est en vidéo, pour moi ce n'est pas un problème d'avoir beaucoup de rushes. Après il faut prendre du temps, beaucoup d'énergie et de courage mais ce n'est pas plus difficile en soi, c'est juste un processus plus long. Alors ce qui s'est passé à un moment donné, c'est que j'avais soixante heures de rushes, que j'avais regardé une fois toute seule pour digitaliser, et j'ai eu une petite baisse de régime. Il y a quelqu'un qui est venu travailler avec moi, une personne qui, je pensais, m'aiderait complètement pour le montage. On a regardé l'intégralité des rushes ensemble et c'est quelqu'un qui avait des réactions vis-à-vis des images. Et au moment de rentrer vraiment dans le montage, j'ai su que je devais rester seule. C'était un film que je ne pouvais monter que par moi-même. C'est formidable de travailler par soi-même, parce que l'on se sent libre, on fait ce que l'on veut, mais en même temps cela nécessite que votre seul désir porte le projet, constamment. Quand les autres n'y croient pas, sur le bateau comme après, il faut s'accrocher. Je n'ai pas eu de problèmes particuliers avec ça mais sur la durée on peut avoir des doutes qui s'installent.
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CINE : LES HOMMESUne expédition au Nord-Est du Groënland. Sur la terre vierge de ce continent du ... | ||







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