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ELIZABETH, RETOUR SUR UNE OEUVRE ROYALE

ELIZABETH, RETOUR SUR UNE OEUVRE ROYALE

Tout sur ELIZABETH - L'AGE D'OR - La Critique - Photos - Le 2008-06-12 05:27:10


Nous étions quelque peu passés à côté d'Elizabeth : L'âge d'or lors de sa sortie en salles... Il est donc temps pour nous de rétablir à l'occasion de sa sortie en DVD ce petit laissé-pour-compte qui nous avait finalement largement conquis par sa splendeur visuelle et son souffle exalté dévastateur. Enchaînant de splendides tableaux, empruntant aux peintres romantiques leur mélancolie et leurs visions nuageuses, le cinéaste Shekar Kapur déconstruit ici la reconstitution historique en se concentrant sur les coulisses des fastes, la félonie derrière les grandes batailles et la femme sous la couronne. Réalisant un second portrait de femme d'une belle envergure dans lequel le sentiment amoureux est finalement au coeur de toutes les préoccupations, le film révèle une reine passionnée dont les émotions vont dicter les actes. Quand le coeur l'emporte sur la raison, Elizabeth devient alors une figure historique fascinante, une battante et guerrière de l'amour bien plus qu'un soldat d'argent. Car sous la splendeur visuelle, la virtuosité de la mise en scène et les décors fabuleux se dissimule une oeuvre sincère et modeste venant contrebalancer l'ampleur incroyable des moyens mis en oeuvre pour la projection sur grand écran d'une époque révolue. Retour sur un film bouleversant dans sa démesure et touchant dans son authenticité...

Elizabeth l'âge d'or

Il aura fallu près de dix ans à Shekar Kapur pour accoucher d'un film que peu de gens attendaient. Bizarre, en effet, de revenir après une décennie sur une oeuvre qui n'avait pas réellement marqué le cinéma et qui, de plus, semblait avoir été largement oubliée. Si l'on ne remet pas en question les grandes qualités formelles et fondamentales du premier opus, rares sont les mises en chantier de suites de films à petit succès. Mais c'est en tout cas un joli pari qui a été lançé par les producteurs anglais du premier film qui avaient toujours eu en tête d'offrir une série de films monumentaux sur la reine d'Angleterre d'antan. Si le troisième épisode est d'ores et déjà imaginé, rien n'est mis en route pour le moment. Il faut donc se contenter de ces deux premières oeuvres pour tenter d'appréhender le personnage d'Elizabeth. Si le premier se concentrait sur la naissance d'une reine et la mise en place de son pouvoir, cette deuxième partie implique instantanément le personnage joué par Cate Blanchett dans un registre plus actif et physique. L'aspect psychologique, notamment troublé par l'arrivée du sentiment amoureux dans la vie de cette reine juste mais glaciale, est alors traité en filigrane, à l'aide d'une mise en scène ingénieuse où les decors, les costumes, les couleurs ou lumières viennent retranscrire les émotions de chacun. Réalisant une oeuvre entièrement dévouée à son personnage principal, bouleversant les codes de la restitution historique pour mieux cerner les failles d'une femme emprunte au doute et victime de son pouvoir, le film est une percée surréaliste dans la tête d'Elizabeth. Rarement réalisation n'aura épousé au plus près le moindre trouble, perçu quelconque émotion d'une femme afin de faire comprendre que son statut de reine ne lui permet plus d'être humaine et que son coeur n'a plus raison d'exister si ce n'est pour l'amour de sa patrie.

Elizabeth l'âge d'or

S'embourbant à de rares instants dans une démonstration technique inutile, le cinéaste est ici maître de son art et de son sujet. Et s'il multiplie les raccourcis de scénario, c'est pour fluidifier son récit et mieux focaliser son objectif sur la nature de sa reine. Une nature qui ne cesse d'être remise en question grâce à la prestation de Cate Blanchett, définitivement habitée par ce rôle... Dans un subtil jeu de regards et de silences, mouvant son corps dans des espaces qui semblent trop étroits pour une femme de son envergure, elle nous fait ressentir les émotions qui l'assaillent, insufflant un feu romanesque à cette femme qui dénie son moi au profit de la raison d'Etat. Tout ici est mis en oeuvre pour ne pas perdre un instant de ce qui pourrait bouleverser la reine. On se souviendra donc de plusieurs séquences magnifiques, notamment celle de l'attentat dans la chapelle où la blancheur immaculée de l'image vient illuminer d'une lueur céleste la divine et royale Elizabeth. Le réalisateur ira même jusqu'à pénetrer ses rêves et dans ces pratiques irrévérencieuses, définitivement céder à la tentation de froisser une image royale qui mérite que l'on s'y penche plus sérieusement.

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