





En plein coeur du film de M. Night Shyamalan se situe une séquence sublime et virtuose d'une puissance émotionnelle rare où le cinéaste parvient en quelques minutes à créer un climax fantastique dont l'élégance visuelle va de pair avec la force de la situation de crise racontée ici. Exploitant le thème de la barrière érigée entre le monde fantastique et le monde réel, Shyamalan fabrique une scène phare déployant toute une mythologie autour de ses créatures et du monde qui les entoure. Le village, qui devient ici un repère d'assaillis se renfermant sur eux-mêmes, est un symbole fort d'un pays reclus, dont les peurs illégitimes ne viennent que renforcer une prise en otage psychologique... A travers un récit faussement candide sur une simple histoire de monstres, Shyamalan raconte comment l'Amérique est devenue solitaire, cerclée et emmurée dans son isolement.





Tout commence par une tour de guet et son garde. Il est assis dans son coin, replié sur lui-même et porte une lourde soutane le recouvrant tout à fait. Sous couvert de cette protection illusoire et de sa superstition (le jaune est censé effrayer les créatures), le jeune homme reste néanmoins à l'affût du moindre bruit et mouvement dans une position pétrifiée. Alors que nous assistons à la première ouverture de trappe (suivront portes, fenêtres, volets...) pour découvrir la menace venant des forêts sombres, la frayeur du garde le fait sursauter et repartir s'emmitoufler dans son vêtement. La première intrusion du fantastique, se faisant communément par l'ouverture d'un portail imaginaire, se traduit ici de manière littérale avec cette percée brutale dans la réalité. Accentuée par un son violent, cette intervention du fabuleux devient un élément perturbateur enclenchant une musique lourde et angoissante que le son des cloches vient introduire. Utilisant un élégant raccord sonore projetant la situation dans un autre décor, celui du village, le cinéaste filme alors au plus proche les réactions des habitants. Effectuant par la même occasion un habile changement de mise au point afin de capter différents champs de vision et établir une plus grande profondeur de champs. Les visages s'affolent et au gré d'un lent travelling prenant par la suite une vitesse déconcertante, le paysage devient subitement chaotique puis désertique. Autour d'une conception lumineuse rappelant les clairs obscurs de Rembrandt, les quelques sources de lumière viennent ponctuer les ombres dangereuses desquelles peuvent surgir l'ennemi. Alors que nous voyons le personnage campé par Joaquin Phoenix s'occuper d'une gamine pour la ramener chez elle (élément important que nous expliciterons par la suite), Shyamalan commence peu à peu à renfermer son récit. Encerclant ses personnages et les poussant à se barricader, il passe tout d'abord une porte, puis pénètre une sombre cave par le biais d'une trappe. On s'enfonce peu à peu dans un espace de plus en plus restreint et aveugle où les possibilités de vie et de mouvement n'existent plus.
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CINE : PHENOMENESProduit par la Fox, Phénomènes, nouveau long métrage du très controversé ... | ||
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CINE : PHENOMENES


































