
SAKURAN
Un film de Mika Ninagawa
Avec Anna Tsuchiya, Kippei Shiina, Hiroki Narimiya, Yoshino Kimura, Miho Kanno
Durée : 1h51
Date de sortie : 20 août 2008

Adaptation du manga éponyme de Moyoco Anno et première réalisation d'une artiste photographe Mika Ninagawa, Sakuran rappelle par quelques aspects la version américaine des Mémoires d'une geisha, celle de la destinée d'une enfant vendue par ses parents au milieu interlope du quartier des plaisirs afin d'y être instruite à l'art de la séduction. Mais attention le monde des geishas n'est pas le monde des courtisanes, même si les hiérarchies respectives y sont similaires. Si Zhang Ziyi apprend les arts de la danse, du shamisen et du bon mot, Anna Tsuchiya ne s'attarde pas à ses futilités. Faire patienter, séduire et soutirer de l'argent sont les priorités des courtisanes qui désirent s'affranchir.
Anna Tsuchiya incarne donc la petite rebelle Kiyoha qui n'a pas sa langue dans sa poche et joue des poings à la moindre insulte de ses pairs. La voix grave et les yeux furieux de l'actrice, que l'on a eu le plaisir d'entrevoir dans le film Kamikaze girls de Tetsuya Nakashima en 2004 où elle interprétait le rôle d'un biker survolté, est ici encore un ravissement à mi-chemin entre délire et comédie. Nonchalance et effronterie lui vont comme un gant et son aisance naturelle nous rappelle qu'elle est aussi au Japon une chanteuse adulée de J-pop. Plastiquement éloigné de la réalité, le film respecte le ton ultra-coloré de la bande-dessinée dont il est l'adaptation. Florilège de détails et de motifs autour de l'univers des fleurs, des poissons et des oiseaux, le luxe clinquant abonde et déborde dans chaque image. La musique est l'autre grande surprise du film dont le ton décalé exploite à l'envie les univers du jazz et des soirées cabaret. La bande-son éclectique ratisse large, entre les notes jazzy d'instruments de cuivres jusqu'aux explosions de timbres rock d'une guitare électrique, Mika Ninagawa n'a pas peur de mélanger les genres.

On le constate, le film joue de la surcharge pour mieux appuyer son propos d'un portrait du monde flottant, celui d'une micro-société frivole vivant en lieu clos et peu soucieuse de respectabilités, sinon celle d'une hiérarchie stricte et sévère. Dans ce monde sclérosé et machiste, le désir de liberté de Kiyoha n'a forcément pas sa place et à coups de bâton répétés elle en fera la triste expérience. Si quelques scènes de punition aux femmes ligotées parsèment le film, celui-ci lorgne également à plusieurs reprises vers le genre érotique, paravents et autres éléments de décors venant s'interposer aux regards trop appuyés. Les amateurs apprécieront. Sans complexes et sans ambages, Sakuran explore le monde de la beauté inextricablement lié à celui de la cruauté. Cruauté du devenir des corps des femmes entre beauté et souffrances. Les magnifiques courbes féminines ne cachent pas ici la détresse des âmes, le sang et les larmes coulent en coulisses pendant que les corps subtilement habillés et maquillés s'exhibent dans les vitrines des maisons closes. Le film parle avec éclat d'un monde inévitablement terne.
David A.
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