ENTRETIEN AVEC DAVID OELHOFFEN (NOS RETROUVAILLES)
Tout sur NOS RETROUVAILLES - Photos - Le 2008-06-17 04:09:02Dans ma chronique de l'édition DVD de votre film, je parlais de cinéma social français mais à quel cinéma avez-vous été élevé, quel cinéma vous a t-il le plus influencé ?
Ce qui me touche ce n'est pas uniquement le cinéma social, c'est n'importe quel type de cinéma. Ce qui m'intéresse c'est mettre en scène la complexité des sentiments humains, ce que j'aime c'est le cinéma qui arrive à faire passer des émotions qu'on ne peut pas transmettre par des mots. Le cinéma peut faire passer des émotions qui lui sont propres. Je réponds un peu généralement mais ce qui m'intéresse, dans le cinéma social disons, encore que cette notion soit très floue, c'est lorsque la dimension sociale se mêle à la dimension individuelle et familiale, lorsque il développe des personnages aux caractères complexes et contradictoires. Le côté militant du cinéma social m'intéresse moins, mais c'est un cinéma à multiples couches, à plusieurs entrées comme dans le cinéma des frères Dardenne par exemple.

On retrouve cette subtilité dans votre cinéma, on le voit même dans votre court-métrage « Sous le bleu ». Vous disiez à l'instant que le cinéma permet de dire des choses que les mots ne peuvent pas exprimer pourtant, et c'est l'impression que me donnent vos films, ils semble très écrits ?
Oui, mes films semblent un peu carrés, un peu cadenassés mais à l'intérieur de cette écriture là j'essaye de donner de la liberté au jeu des comédiens. L'écriture n'est pas pour moi un moment privilégié, ce n'est pas ce qui est le plus important. Mes scénarios sont des histoires assez simples, ce ne sont pas des écrits très impressionnants ou très spectaculaires, je m'attache plutôt à rendre compte de certaines ambiances. Dans le cas de Nos retrouvailles, c'est cette ambiance de banlieue, de renoncement, de bar très peu glamour. Dans ce film je me suis attaché à ce type d'atmosphères, à un esprit plutôt qu'à une histoire bien structurée.
Le scénario est donc pour vous juste une base de travail, un point de départ ? La rencontre avec les comédiens puis le travail dans les décors vous permettent d'aller au-delà, de développer ?
Absolument. Le scénario est une base, une base très importante, je ne suis pas du tout dans le renoncement au scénario. Je ne crois pas du tout à l'improvisation totale. C'est important de savoir où l'on va, d'avoir choisi ses partis pris au moment de l'écriture. Pour autant le scénario n'est qu'un outil de travail, il faut être le plus libre possible par rapport à ça. Dans Nos retrouvailles, comme c'est un film relativement simple et linéaire, on ne peut pas se dire que l'on va se reposer sur cette histoire, ça va être simple à tourner et que ça va marcher comme ça. Au contraire c'est un sujet mille fois abordé par le cinéma, volontairement simple dans le sens du refus du coup de théâtre et de rebondissement, pour que l'on puisse s'attacher aux personnages et à leurs contradictions. De ce point de vue là il y a beaucoup de choses qui se jouent au tournage. Derrière les personnages il y a des comédien qui doivent apporter leur travail, leur imagination, leur incarnation. Dans ce cadre là, lorsque l'on est dans un cinéma qui se focalise avant tout sur la complexité des protagonistes plutôt que sur le développement d'une intrigue compliquée, il faut trouver son film au tournage.

Vous y trouvez les détails nécessaires à la crédibilité de vos personnages...
Lorsque que l'on écrit un scénario, même s'il y a un refus du spectaculaire, on imagine tout de même plein de choses, on explore les pistes possibles. Celles-ci ne sont pas toujours écrites noir sur blanc dans le scénario mais c'est une sorte de jeu surprenant au moment du tournage, parfois nos idées sont remplacées par celles des comédiens, elles sont enrichies, bousculées. Je ne considère pas les comédiens comme des pions que j'anime pour retranscrire ce que j'ai imaginé dans le scénario mais comme des interprètes qui peuvent amener beaucoup. Tout ça se met en place par le travail en amont, par les discutions, par les répétitions, par la possibilité de changer des dialogues, par la remise en cause de certaines situations.
Vous n'êtes pas prisonnier du scénario...
Pour autant je n'improvise pas, le scénario est un outil de travail qui évolue au moment de la préparation du tournage puis au moment même du tournage.
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