Acteur à la filmographie foisonnante,
Daniel Auteuil fait partie sans conteste des plus grands de sa génération. Le classe/pas classe se penche donc sur des réussites nombreuses mais aussi quelques bides quand même, qu'on lui pardonne toutefois aisément. Le talent, c'est aussi de savoir rebondir après un échec, et Auteuil a démontré en être également capable durant toutes ces années...
36, QUAI DES ORFEVRES : CLASSE
Après son
Gangster au ton quelque peu emprunté, le réalisateur
Oliver Marchal équilibre son style dès son deuxième film,
36, élevé au rang du grand drame policier désenchanté. Et si le récit de Marchal se révèle captivant, le cinéaste peut aussi compter sur les talents de ses acteurs,
Daniel Auteuil et
Gérard Depardieu en tête. Auteuil atteint des dimensions, osons-le, christique dans cette histoire d'un homme droit et intègre broyé par un système impitoyable. L'acteur déploie un talent rare, celui de porter le spleen à fleur de peau avec une aisance insolente, ce qui le rend d'autant plus touchant, sensuel même (le même Auteuil approfondira encore ce type de personnage dans le vénéneux
MR73). Avec ce rôle de flic déchu, nous atteignons par moments les cimes des Corneau ou Melville, et ce n'est pas le moindre des compliments que nous puissions faire.
MR73 : CLASSE
Troisième opus de la trilogie des flics selon
Olivier Marchal,
MR73 en représente aussi l'oeuvre la plus radicale, la plus touchante jusque dans ses errances.
Daniel Auteuil incarne cette fois-ci un policier fatigué par la vie, défait par l'alcool, vivant son existence désespéré au rythme des bouteilles de J&B. OEuvre sincère et jusqu'au-boutiste, elle marque un tournant dans la carrière de Marchal comme une envie d'en finir avec des convictions trop lourdes à porter. Dans ce dispositif, nous suivons le corps meurtri de Auteuil cherchant encore vainement une étincelle de vie à son existence. En signant une partition douloureuse, nihiliste, et très intime, l'acteur nous prouve à nouveau toute l'étendue de son talent au service de prises de risque remarquables. Cette volonté de s'investir dans d'autres types de cinéma aux cheminements moins balisés fait de lui un authentique grand d'aujourd'hui, à n'en point douter.
L'ADVERSAIRE : CLASSE
Magnifié par les nappes instrumentales d'Angelo Badalamenti, le film de
Nicole Garcia n'est pas aussi austère que
L'Emploi du Temps auquel on l'a souvent comparé puisque les deux films sont adaptés du même terrifiant fait divers. Jouant les mythomanes s'enfonçant dans les abysses de ses inventions,
Daniel Auteuil décroche un rôle de père fragile, emmuré dans des mensonges trop grands pour lui et qui le mèneront à sa perte. Le meurtre de sa famille au fusil de chasse nous est dévoilé dans une attente angoissante à la lisière d'un thriller fantastique. Tout disparaît. L'acteur se fond même en silhouette. Ce qu'il y a de fascinant chez Daniel Auteuil et dans le film, c'est cette capacité à effrayer sans rien montrer. Une caméra distanciée dans l'action, mais jamais sur le visage d'Auteuil, acteur bouleversant en monstre humain né d'un monde irréel. Les rôles secondaires, étouffés dans la spirale de son jeu, ont du mal à exister au-delà de la simple présence.