Batman Begins se terminait par un avertissement. Le Lieutenant Jim Gordon (
Gary Oldman) confessait à l'homme chauve-souris (
Christian Bale, impérial) son inquiétude sur la prolifération criminelle à Gotham City. A la fin, il montrait la carte du Joker.
The Dark Knight peut commencer. Après quelques dérives malheureuses de
Joël Schumacher qui touchaient le fond de la parodie de bas étage,
Christopher Nolan a réhabilité avec
Batman Begins une icône pour lui redonner sa complexité et ainsi sa grandeur. Afin de refléter les ambivalences de Batman, il usait d'un univers visuel contrasté en clair-obscur. Le réalisateur de
Memento a bien l'intention de mettre les bouchées doubles avec la suite
The Dark Knight en creusant la psychologie morcelée du héros et en travaillant son image, plus ou moins malmenée au cinéma. Suivez le guide.

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Avec le succès artistique et commercial de
Batman Begins (et Christian Bale dans le rôle d'un Batman schizo et torturé), l'écurie Warner, à travers DC Comics (affilié à Time Warner), semble confiante en son poulain, Christopher Nolan, qui a respecté dans le précédent volet les exigences du studio (dosage habile de spectaculaire et d'intimisme) mais aussi celles des puristes, dévastés par la progression cinématographique du super-héros dans un univers plus bouffon que réaliste (Schumacher ayant pris le mauvais côté de Burton avec des connotations déplacées). Nolan, lui, respecte son caractère en lui donnant une noirceur héritée des comic book de Frank Miller. Au début des années 90, Tim Burton avait choisit Michael Keaton pour incarner le héros chauve-souris (ce qui n'était pas du goût de la Warner) et Jack Nicholson pour le rôle du Joker (et ce après Cesar Romero dans les années 60). Jack y fait son Jack, cabotine un max, part en roue libre... A tel point que le Joker prenait le pas sur Batman et éclipsait tous les autres partenaires, en comparaison plus dans la retenue. Contrairement à ce que la dernière scène de
Batman Begins laisse sous-tendre,
The Dark Knight ne devrait pas se focaliser sur le Joker (sur lequel pourtant toute la promotion repose) mais au contraire s'intéresser au combat opposant Batman / Harvey Dent (respectivement
Christian Bale et
Aaron Eckhart). En toute sincérité, Nolan voue un véritable culte pour Harvey Dent, assimilé à une figure de tragédie qui part de la lumière aux ténèbres. Son parcours compose toute la substance et la puissance de
The Dark Knight. Le Joker, personnage secondaire diabolique incarné par le regretté Heath Ledger, fonctionne comme une force de la nature qui intervient comme bon lui semble au gré des rebondissements. A l'image de l'épouvantail (
Cillian Murphy, séduisant comme le diable) qui participe à la nouvelle aventure.

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Batman Begins se basait sur le comic
Year One de Miller et Mazzucchelli, contrairement aux deux volets de
Batman réalisés par Tim Burton qui avait juste repris les éléments les plus séduisants de l'univers Batman pour les intégrer dans son univers baroque. Ce n'est pas pour autant moins pertinent mais chez Nolan, les "méchants" ne sont que des éléments secondaires qui alimentent le parcours de Batman (Burton, lui, empruntait le cheminement inverse: les "méchants" sont mis en valeur). Sous la houlette de Christopher Nolan, Batman est proche du caractère dépeint dans le comics: il est à la fois athlétique, torturé et surtout il modifie sa voix. Une autre image que celle proposée par Burton où il avait la quarantaine passée avec les traumatismes enfouis et semblait coincé dans son costume. Pour
The Dark Knight, Nolan se veut proche de
Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland (il se murmure que le troisième volet sera basé sur
Long Halloween de Jeph Loeb et Tim Sale) et de
Dark Victory, des auteurs susmentionnés qui revient sur le personnage de Double Face et fait intervenir Robin. Or, Nolan n'a manifestement pas encore envie de faire intervenir Robin. Dans les années 1980, Frank Miller a développé les origines de Double-Face en insistant sur le fait qu'il a aidé Batman et le Commissaire Gordon à leurs débuts pour traquer les criminels de Gotham City. L'auteur a par ailleurs su créer une ambiance inédite et considérable pour les auteurs de comics (Paul Pope pour
Year 100; Jeph Loeb et Jim Lee pour
Hush). A en croire les résultats au box-office (soit 372 millions de dollars de recettes dans le monde entier lors de sa sortie en 2005, soit le second volet le plus lucratif de la saga),
Batman Begins a séduit. Lors des prémisses, Bale était conscient que Batman n'avait jamais reçu de traitement adéquat au cinéma et avait même ironiquement émis le souhait curieux de réaliser deux versions d'un film sur Batman dont l'une serait strictement réservée aux adultes.