

RESCUE DAWN de werner herzog
A l'origine, il y a une histoire vraie. Celle de Dieter Dengler, pilote de l'US Navy idéaliste, prisonnier au Laos en 1966, qui va souffrir le martyr et passer de longs jours en tentant de survivre dans un bourbier délétère. Ce qui le meut, c'est l'espoir d'une évasion. Donc une forme de foi. Sur le papier, pas de quoi se relever la nuit. A priori, rien qui puisse apporter un regard nouveau sur un sujet déjà disséqué au cinéma (Voyage au bout de l'enfer, de Michael Cimino, s'impose comme la référence la plus plombante). Ce serait le cas si Herzog n'était pas aux commandes de ce projet et n'avait pas déjà consacré un documentaire il y a dix ans sur ce même pilote prisonnier, sous le titre Little Dieter needs to fly. De ce point de vue, Rescue Dawn répond à une logique inouïe qui invite à créer des liens entre la première et la seconde version, toutes les deux unies dans le même souci d'authenticité. L'idéal, c'est de comparer ce qui passe pour un documentaire et ce qui passe pour une fiction. Depuis toujours, Herzog filme des documentaires comme des films et des films comme des documentaires. Récemment, Grizzly Man, présenté comme un documentaire, jouait sur deux registres (le travers sensationnaliste et l'invraisemblable vérité) en prenant un malin plaisir à brouiller les pistes entre le gag et le réel et en rappelant que le cinéma était avant tout l'art du mensonge. Herzog en tirait une scène mémorable où il écoutait la cassette audio de la mort en direct du Grizzly Man du titre et de sa compagne (que nous n'entendions pas) et l'utilisait comme ressort dramatique, l'écoutant devant la caméra et commentant à la meilleure amie du héros. Au premier degré, c'était tragique. Au second, c'était hilarant.

RESCUE DAWN de werner herzog
Présenté comme une fiction, Rescue Dawn appuie la détermination Herzogienne de coller au réalisme des situations avant de céder aux contingences attendues de la dramaturgie. Réputé pour ne rien laisser au hasard, Herzog pensait déjà à ce double projet docu/fiction Little Dieter needs to fly/Rescue Dawn autour de Dieter Dengler il y a plus de dix ans, au moment de tourner le documentaire. Une fois fini le documentaire, il pouvait se débarrasser de toute conscience morale et donc se permettre de raconter sa propre version des événements en partant à la recherche de l'"extatique vérité", le sujet de prédilection qui parcourt tous ses films sans exception. On évoquait plus haut le cas de Bad Lieutenant avec les craintes qui vont avec; mais, on peut parier que l'exercice ne sera pas qu'un simple copié collé de la trame du Ferrara, plantée dans les thématiques du cinéaste (religion, viol, rédemption d'un pourri). En se souvenant des miracles qu'il avait produits dans les années 80 avec son remake-hommage de Nosferatu de Murnau, Herzog devrait en tirer une autre version. Outre le fait qu'il soulevait dans Nosferatu des questions purement cinématographiques (comment toucher à une oeuvre réputée parfaite?), il échappait au piège du pastiche pour livrer une oeuvre contemplative, située dans les limbes, mentalement habitée par ses interprètes, et transcendait ce qui ressemblait à un vulgaire exercice de style. Rescue Dawn doit être perçu comme un défi de cette envergure. Dans Little Dieter needs to fly, il s'effaçait derrière l'intensité du témoignage. Dans Rescue Dawn, il propose sa version personnelle en partant de données précises. Libre à lui (donc au cinéaste, à l'artiste) de les modifier.
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