
DAVID CRONENBERG S'EST-IL ASSAGI ?
Tout sur LES PROMESSES DE L'OMBRE - La Critique - Photos - Le 2008-07-01 04:53:36A l'occasion de la sortie des Promesses de l'Ombre en DVD et en Blu-Ray, de la re-sortie cinéma de La Mouche ainsi que de sa représentation inédite à l'opéra tenu par Placido Dominguo, nous vous proposons un récapitulatif subjectif de la carrière d'un cinéaste important ayant déjà connu plusieurs vies et qui n'a pas fini de nous surprendre.
Eric Lacroix
Que reste-t-il du Cronenberg d'antan, celui qui arrivait à bousculer nos convictions par son imagerie baroque hautement évocatrice ? La fin de ses imageries délurées signe-t-elle l'arrêt de mort d'un artiste sensuel et troublant ?

LES PROMESSES DE L'OMBRE de david cronenberg
Il y a plusieurs époques chez Cronenberg le cinéaste. Sans prétendre être d'une exhaustivité sans faille, je vous propose d'en explorer quelques aspects choisis qui pourront être sujets à débat.
La première vie de Cronenberg commence avec de premiers bidouillages vidéos (pour l'anecdote, des chutes de bandes issues d'une petite compagnie érotique où le jeune Cronenberg bouclait ses fins de mois) mettant en exergue les thématiques morbides et suicidaires (From the Drain, court-métrage de 1967), mais l'expérience du réalisateur passera par de longues années télévisuelles à parfaire son expression audiovisuelle.
Frissons et Rage représentent les premiers films de cinéma du canadien à l'aune des prolifiques années 80. Notre mémoire de cinéphile reste marquée par le ténébreux objet sensuel qu'est The Brood (Chromosome 3, sous nos latitudes), où l'imagerie de la femme comme louve-nourricière entourée de ces naissances monstrueuses a percuté une génération de fans durablement.
A partir de ce moment, Cronenberg abordera plus intensément ces thèmes prégnants que sont l'évolution du corps, "la nouvelle chair" selon Videodrome ou eXistenZ. Cette chair évolue, dotée de dons façon Scanners où certains individus peuvent faire bouillir et exploser les têtes en un temps record. Videodrome justement explore non-seulement prématurément les ravages d'une certaine Trash-TV où la perversion se mêle au plaisir, où la petite lucarne devient un objet sensitif/érotique puissant. James Woods devenant à terme un homme-magnétoscope ingérant dans ses entrailles à vif de nouvelles K7 vidéo (métaphore majeure d'un spectateur ingurgitant à l'excès le moindre programme à sa vue, drogué d'images ?).
L'être humain dépendant des ses pulsions mégalomaniaques pourrait aussi être une façon de voir Seth Brandle (Jeff Goldblum) dans La Mouche. Le génial scientifique se montre prêt à tout pour achever sa machine à téléportation, lui qui en perdra son humanité progressivement.
Le mythe de Prométhée reste une inspiration majeure dans toute la filmographie du metteur en scène. Allegra Geller, créatrice de eXistenZ, jeu révolutionnaire, sorte de MMO (Massively Multiplayer Online, Multi massif en ligne) précurseur renvoyant les World of Warcraft et consorts à l'âge de pierre de ce moyen d'expression.

a history of violence
David Cronenberg inspire quantité de cinéastes, comme le japonais Shinya Tsukamoto qui poursuit avec sa culture et ses obsessions les thèmes du corps en souffrance, du martyr évoluant à un autre stade (l'Iron Man de Tetsuo 1 ou 2).
La troisième vie encore en cours pourrait s'articuler autour de la psychanalyse des êtres. Depuis Spider, le cinéaste semble abandonner les effusions emphatiques gores et dégénérées pour accéder à une certaine épure. Les visions d'horreur se font plus discrètes, moins visuelles, ce qui en décuple paradoxalement leur pouvoir.
Dans A History of Violence, l'explosion se fait sèche, précise, l'incursion du sang en ressort d'autant plus marquante. On pourrait noter que le réalisateur double aussi une séquence de sexe entre Viggo Mortensen et Maria Bello, du fantasme de midinette pom-pom girl typiquement US, le couple prendra aussi du plaisir dans un corps-à-corps violemment torride à même les marches d'un escalier pentu. Les pulsions possèdent plusieurs visages, rappelons-nous que Crash parlait de l'orgasme absolu en étant confronté à des accidents extrêmes en voiture.
Cronenberg, assagi ? Si le cinéaste oeuvre plus spécifiquement dans "l'intimisme" et les commandes (A History of Violence, Les Promesses de l'Ombre), c'est pour mieux vous manger...
Tel le loup du Petit Chaperon Rouge, le nouveau Cronenberg préfère exploiter des scenarii premier degré convenus peut-être mais terriblement bien construits (explorer les scripts de ces deux derniers longs pour vous en convaincre), ce qui lui permet de pervertir la plus belle des brebis, une Naomie Watts ingénue fascinée par le démon Viggo Mortensen.
Les noirceurs de l'être n'ont pas fini d'être explorées, et même si, comme moi, il faut sans doute passer par un deuil des délires grandiloquents érotico-effrayants du grand Cronenberg (nous avons encore en tête les pods de eXistenZ, sexe féminin déformé auxquels les participants sont reliés par un intriguant cordon ombilical) pour mieux s'ouvrir à la nouvelle noirceur offerte par un cinéaste qui doute et se renouvelle pour notre plus grand plaisir... Qui s'en plaindra ?
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