
A l'occasion de la sortie du DVD de La Clef le 09 juillet 2008, Guillaume Nicloux sera co-rédacteur en chef de Dvdrama/Excessif la semaine prochaine.
Quelles sont les personnalités qui ont compté dans votre parcours professionnel?
Il y a Raoul Coutard qui a accepté lorsque j'avais 21 ans de faire la photo pour mon premier long métrage. Il y a eu deux écrivains, Maurice Pons et André Dhôtel, qui m'ont accordé du temps et permis de les rencontrer plusieurs fois. Ils ont tous contribué à être là à des moments importants. Il y a eu Pierre Chevalier qui a été très longtemps directeur de la fiction chez Arte. Pierre-Henri Deleau qui a dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes qui a pris mon premier film commercialisé, Faut pas rire du bonheur, en sélection. Il y a eu Charles Gassot qui contre vents et marrées m'a proposé des films de commande. Mes rencontres avec André Dhôtel restent impressionnantes. Il avait la particularité d'avoir écrit plus d'une cinquantaine de romans dont un qui est fascinant et qui s'appelle Le pays où on n'arrive jamais. Il se situe dans un univers aux frontières du fantastique et raconte une histoire qu'on ne saisit pas. A l'âge de 18 ans, j'étais arrogant et inconscient. J'étais déterminé à le rencontrer. Je lui ai d'ailleurs écrit - il habitait en Flandres. Je lui faisais part de mon envie d'adapter son roman au cinéma. Donc j'ai eu cinq rencontres avec lui. Il fumait des paquets de Pall Mall sans filtre pendant tout un après-midi alors qu'il n'avait que 90 ans. Il avait un oeil béant. En fait, il lui manquait un oeil et on voyait quasiment l'intérieur de sa tête. J'en conserve un souvenir très troublant.

Vous avez fait une apparition dans Seul contre tous, de Gaspar Noé.
On s'est connu au festival de Toronto. Il avait Carne et je présentais un long métrage expérimental, Les enfants blancs. Et on a fait connaissance là-bas. On est resté copains. Je devais faire un rôle dans Irréversible dans la boîte du début, c'était un dimanche après-midi et je n'avais pas envie de me déplacer, d'autant que je ne vis à Paris.
Les seconds rôles sont très importants dans votre cinéma. Le choix des acteurs pour les interpréter n'est jamais anodin.
Ils témoignent surtout d'une passion pour les acteurs mais aussi les gens. Je les choisis moins pour ce qu'ils incarnent que pour ce qu'ils m'évoquent. C'est pour cette raison que j'ai souvent recours à des acteurs non professionnels. Ce que j'aime surtout, c'est ce que la rencontre déclenche ou, au contraire, ne déclenche pas. Ça, on le pressent dans la seconde. Même lorsqu'il se passe quelque chose qu'on ne comprend pas, c'est intéressant. Ce que l'on essaye de comprendre en faisant les choses ensemble.
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