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CINE : LET THE RIGHT ONE IN

CINE : LET THE RIGHT ONE IN

Tout sur MORSE - La Critique - Photos - Le 2008-07-05 15:50:37


Après l'Espagne, la Suède serait-elle en passe de devenir le nouveau territoire des valeurs montantes du cinéma de genre ? Pour cela, il faut que tous les films en provenance des terres Bergmaniennes se révèlent à la hauteur de ce Let the Right one in, troisième long métrage hallucinant de Tomas Alfredson. Ne vous fiez pas aux apparences : ce cinéaste inconnu au bataillon (il n'a réalisé que deux longs métrages) vient juste de réaliser le meilleur film de vampires de ces dix dernières années. Comment ? En racontant la réunion romantique et sensible de deux jeunes abandonnés de l'existence. En filmant comme un Kubrick sous acide voire un Haneke sans le côté théorico-moralisateur. En zoomant sur des babines sanguinolentes sans avoir peur d'être audacieux ou de paraître trop décalé. En assumant tout (pulsions inavouables de personnages hors normes, situations grand-guignolesques). Oui, c'est en ne respectant pas les limites qu'on arrive à inventer de nouvelles formes. Et de toute évidence, Alfredson vient de révolutionner quelque chose ! Pourvu d'une virtuosité formelle et d'une rigueur narrative implacables, cet uppercut venu du froid n'a besoin d'aucune comparaison pour imposer son atmosphère envoûtante, sa pudeur déchirante et son secret vital. C'est la grande découverte du dernier festival du NIFFF : juste monstrueusement sublime.

COUP DE COEUR
LET THE RIGHT ONE IN
Un film de Tomas Alfredson
Avec Kåre Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl
Durée : 1h54
Date de sortie : prochainement (on espère)



let the right one in  - photo 1
let the right one in

Là où certains films de genre finissent par sacrifier leur originalité sur l'autel du consensus mou et du cahier des charges calibré, Let the Right One In, du jeune et gravement prometteur Tomas Alfredson, propose une alternative incroyable à ce système déprimant ! A sa manière, il vient rétablir quelques vérités (oui, il est possible de faire nouveau sur un canevas rompu aux lieux communs) et de redonner un peu d'espoir aux aficionados craignant que le genre ne se réduise désormais qu'à de la caméra subjective, de l'humour cynique ou des débordements gores en guise de scénar. Contrairement à ce que l'on pourrait croire au prime abord, il ne s'agit pas d'une tentative auteurisante de cinéma de genre... Dès les premières images, on subodore juste un film pas comme les autres : Oskar, gamin blond au physique inquiétant (entre innocence et diablotin), se balade avec un couteau torse nu dans un appartement déshumanisé et s'imagine qu'il assassine ses camarades de classe. De sa fenêtre, il contemple la neige. Le néant blanc de sa courte vie à se flinguer. A l'école, ses camarades prennent un malin plaisir à le coincer dans les corridors et à l'humilier comme une truie. Le soir, il se réfugie dans son monde intérieur. Let the right one in, portrait d'un ado autiste ? Pendant ce temps, un homme inquiétant zigouille d'autres hommes en les suspendant dans le vide et en les vidant de leur sang. En pleine forêt ou dans les vestiaires d'un gymnase. Let the right one in, portrait d'un tueur en série ? Pendant ce temps bis, une jeune fille très mystérieuse marche dans la neige, ne ressent rien et se mue en monstre dès lors qu'elle trouve une proie. Let the right one in, monster movie ? Trois histoires en une ? Triptyque ? Non, c'est plus - mais tellement plus - que ça.



let the right one in  - photo 5
let the right one in

En substance, l'intrigue s'articule autour d'une pelleté de personnages (une gamin blond et torturé, une gamine atteinte d'un mal incurable, un vieux serial killer au bout de son rouleau existentiel, des camarades de classe belliqueux, un homme qui cherche à venger son meilleur pote, une femme mordue...), les situe dans un contexte réaliste pour que l'action épouse la pale quotidien, instille une tension angoissante graduellement, raconte des histoires d'amours impossibles (un père pour son enfant, ce genre) et relate des métamorphoses aussi lentes que mutantes où tout passe par le tremblement intérieur. Tomas Alfredson, fracassante révélation qui témoigne présentement d'une intelligence de cinéma à travers des plans extrêmement travaillés et surtout une capacité à créer une atmosphère émolliente contribuant à ce que chaque séquence marque par son intensité, les isole dans un premier temps pour les introduire avant de les rassembler pour les confronter au fantastique et à l'horreur. Oskar et Eli, les deux jeunes protagonistes qui se consumaient d'ennui, se rapprochent pour mieux mesurer ce qui les éloigne du reste du monde. Peut-être irrémédiablement. Le rôle des parents n'apparaît qu'en filigrane : ils sont soit inexistants (dans le cas de Oskar), soit essentiels à la survie de leurs progénitures (le père de Eli). On ne saura jamais vraiment d'où provient la malédiction ; et ce n'est clairement pas ce qui nous intéresse. Le réalisateur non plus. De même que la surenchère crapoteuse et le coup de poing dans la gueule trash ne sont pas ses priorités. En revanche, les maux indicibles qu'on ne clame pas, les traces d'amour dans un écrin inerte, la peur au ventre qui empêche d'être bien dans sa tête et son corps, l'angoisse du regard des autres, l'incapacité totale à s'épanouir, le plaisir dans la souffrance et la transgression ou encore les visions purement mélancoliques comme la neige qui tombe sont des sujets qui semblent le toucher de très près.

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