Le jeune Will gagna son surnom de « Prince » car il trouvait toujours le moyen de se tirer des ennuis en usant de son charme. C'est précisément cela qui gouverna d'abord sa carrière et sa reconnaissance, cette tchatche et cette grâce qui ont caractérisé la plupart de ses premiers rôles au cinéma (de
Independence day à
Hitch - expert en séduction). Cependant, il serait trop commode de le réduire à un stéréotype, celui du héros cool qui parvenait même à livrer des punchlines bien lourdes avec une classe imperturbable et un indéniable sens du timing (de
Bad Boys à
I, Robot).

recherche du bonheur
Will Smith a gagné en épaisseur, sortant de la niche d'atout bankable et sympathique pour aborder des rôles plus ambitieux. Ils lui permettaient vraiment de déployer son talent et sa sensibilité de comédien (comme on le voit dans
Ennemi d'état,
Ali ou
A la recherche du bonheur). Cela vient même enrichir les grosses productions auxquelles il participe, composant des personnages profonds, humains et nuancés (dans
I am Legend).
Hancock réunit donc ces deux aspects, le grand sens de la fantaisie du comédien, son aise pour exagérer un type bien connu (le super-héros), autant que sa sensibilité pour dépeindre l'humanité d'un personnage faillible et bourré de défauts.
C'est d'abord pour ses talents de rappeur et de musicien que Smith fut reconnu. Il se consacra totalement à cette passion avec une avidité sans bornes. Il connut le succès tôt, l'argent, les récompenses, avant d'entamer sa carrière d'acteur, après une vie dispendieuse et relativement périlleuse (il a frôlé la ruine après un redressement fiscal). La Warner repère le jeune homme de 21 ans pour sa personnalité et lui fait la proposition de faire de lui le héros d'un sitcom où il jouerait, à peu de choses prêts, son propre rôle. Cela donnera
le Prince de Bel-air, qui connaitra un grand succès pendant six saisons. Le jeune Will confierait plus tard qu'il s'investissait tant dans cette nouvelle carrière qu'il allait jusqu'à apprendre tous les dialogues par coeur, mimant des lèvres les répliques de ses partenaires et livrant d'abord des performances qu'il juge discutables. Il a souvent ce genre de lucidité, des accès de sincérités légers et assez inattendus venant d'une star américaine rompue à l'exercice de la promo. Il admet par exemple que son plus grand regret professionnel a été de refuser le rôle de Neo dans
Matrix ou encore que
Wild Wild West est un mauvais film, malgré son succès public. Ce genre de confidence est assez rare et le rend éminemment sympathique.

prince de bel air
Il s'affirme peu à peu à la télévision, d'abord par sa fantaisie, puis osant aller dans l'émotion, hors des pitreries et des bons mots, des facilités habituelles. Ce
Prince de Bel-air est le récit d'une éclosion, une nature d'acteur qui peu à peu se dévoile et s'assume. La série est surtout empreinte de nostalgie pour ceux d'entre nous, qui le regardions en rentrant du collège, de ces shows un peu désuets, un peu naïfs, avec gros poncifs, archétypes et rires enregistrés qui ont bercé bien des jeunes années.