
WERNER HERZOG : LE CHOIX DE GUILLAUME NICLOUX
Tout sur AGUIRRE, LA COLERE DE DIEU - Photos - Le 2008-07-09 04:08:47« Herzog. Il n'y a pas de hasard, on est encore ici plongé dans un univers proche du documentaire, de l'auto-fiction également puisqu'il se glisse régulièrement à l'intérieur de ses films, un metteur en scène de la marginalité. Il a souvent fait appel à des comédiens non professionnels, des comédiens hors norme, proches parfois d'une certaine forme de monstruosité. Il a entretenu avec Klaus Kinski, comédien avec lequel il a beaucoup tourné, des rapports ambigus, entre haine et violence, comme on peut le voir dans son documentaire. C'est un très grand metteur en scène, il a un vrai souci de communication et il arrive pourtant à faire passer quelque chose d'unique, la communication passe par la tension et je suis toujours séduit par les films dégageant une certaine tension, une force qui n'est en fait pas forcément séduisante, qui vous malmène et il y de cela dans l'univers de Herzog, on est happé par une façon de jouer, de filmer, par la façon dont il aborde le récit. C'est un peu ce qui m'a marqué également dans l'oeuvre de Pialat, j'ai l'impression du coup de me répéter mais en même temps ce sont les styles qui me touchent. »
Guillaume Nicloux

aguirre la colere de dieu
Contrairement à ce que certains ont bassement tenté de subodorer au moment de la sortie du documentaire Ennemis Intimes, Werner Herzog n'est pas rien sans Klaus Kinski (et réciproquement). Il suffit de revoir ses premiers films - et même ses films actuels (l'excellent Grizzly Man) - pour se rendre compte que ce réalisateur allemand avait déjà tout compris au cinéma. En 1970, il sort un électrochoc, son troisième long métrage : Les nains aussi ont commencé petits. Ce conte intelligent et sauvage possède l'immense mérite de mettre délicieusement mal à l'aise, de dire deux trois choses justes sur les comportements humains et de ne ressembler à rien de connu. L'action se déroule dans un village où se trouve une maison de redressement pour nains. Un jour, les pensionnaires se révoltent. Ils chassent la surveillante tandis que le directeur se barricade dans son bureau, avec un des nains en otage. De sa fenêtre, il tente de calmer les rebelles, mais en vain : ils saccagent le pensionnat. A partir de cet instant, plus rien ne sera comme avant : ces derniers profitent pleinement de leur liberté retrouvée pour se livrer à des incendies, des meurtres d'animaux, des beuveries et plein d'autres trucs innommables. Mais pourquoi tant de haine ? Parce que la haine gouverne le monde.

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Werner Herzog a un don pour édifier des situations baroques et surréalistes et organiser des images potentiellement marquantes. Par exemple, dans Nosfératu, loin de sombrer dans le pastiche, le cinéaste allemand, quelque part entre l'expressionnisme et le néo-réalisme, peaufinait avec une précision remarquable une oeuvre d'une complexité et d'une beauté infinies qui puisait son intensité dans le regard de Klaus Kinski et la beauté incandescente d'Isabelle Adjani. De même, dans Stroszek, des poules, des lapins et des canards dans des cages vitrées animaient un étrange théâtre de l'absurde. De même bis, dans Fitzcarraldo, un cheval buvait sans honte du champagne et un capitaine de bateau à vapeur identifiait l'embranchement d'une rivière en goûtant l'eau. Dans Les nains aussi ont commencé petits, l'illuminé Herzog - un cas passionnant dans l'histoire du cinéma - peint le tableau de la condition humaine à hauteur de nains, foudroie sens et préjugés et plonge tête baissée dans des zones filmiques négligées. Comme plus tard chez tonton Iosseliani, les animaux ont une importance cruciale. Ils justifient certains derniers plans de films d'Herzog (Aguirre, la colère de dieu; Woyzeck) mais on peut également les considérer comme des symboles, vestiges d'une humanité réduite à néant: ils sont perdus dans un monde tellement dépourvu de spiritualité - le point de vue sur la religion se révèle particulièrement audacieux (quand les gens n'ont plus de raison de croire, le monde est alors réduit au chaos).
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