
« C'est très important pour moi, il a ouvert la voix à un cinéma du désert, on est dans le western routier, les duels ne sont plus orchestrés par des armes mais avec des voitures, la scène du duel est impressionnante. C'est un film autour de la vengeance, un des plus grands, ils sont rarement défendus dans les filmographies. Il y a évidemment l'aspect technique qui est important, les cascades, la gestion du montage, le traitement de la violence, il y a quelque chose de radical, de peu représenté dans le réalisme. C'est un film qui a vraiment ouvert la brèche à un nouveau genre de cinéma. »
Guillaume Nicloux

MAD MAX de george miller
Alors que le cinéma semble souvent se répéter, alors même que les métrages se ressemblent toujours un peu plus, certains films se posent là en références absolues, intemporelles et parfaites même dans leurs imperfections faisant parfois même douter que d'authentiques chefs d'oeuvres puissent naître de nos jours dans des productions toujours un peu plus calibrées ou repensées pour être mieux assimilées. Pourtant la simplicité n'a jamais évoqué la nullité et la complexité n'a jamais été soeur de l'ennui. Au contraire, ces deux notions évoquées ensemble se sont souvent révélées payantes artistiquement, la complexité de la simplicité ou la simplicité de la complexité étant souvent au bord du gouffre, comme posées sur un fil vers l'infini. Ce fil dans Mad Max existe : il s'agit d'une route, droite, sans fin, sur laquelle tout est possible... Cette route fait peur car elle peut aussi bien faire passer les héros pour des brutes et les salauds pour des braves ; à moins que tout le monde ne soit mis dans le même panier et que l'espace d'un film toutes les notions auxquelles la société bien pensante s'accrochait désespérément disparaissent définitivement. Le film de Miller se pose alors comme l'alternative incroyable proposée au spectateur : peu importe ce qui se passe, peu importe les malheurs et les chances, les moments heureux et les fuites sanglantes, sur la route tous sont égaux et il n'est aucunement question que quiconque en sorte indemne, ni les protagonistes, ni les spectateurs.

MAD MAX de george miller
Mais comment un petit film de rien, un de ceux qui n'avaient que pour seule ambition d'exister, peut alors se poser en oeuvre dérangeante, cruelle et défrayer la chronique au point que le Mad Max se voit interdit dans plusieurs pays ou au mieux coupé de quelques plans, à la demande des comités de censure visiblement incapables de comprendre la subtilité du film: ce n'est pas la violence qui choque, ce n'est pas un déferlement gratuit de haine et d'élans sadiques qui rendent cette oeuvre si novatrice dans son thème : c'est avant tout son ton, son approche, sa vision hallucinée et tellement réaliste qui provoque l'aspect viscéral de son spectacle ! L'incompréhension dont ont fait preuve les responsables de la morale n'a finalement pas tant changé que ça puisque, encore aujourd'hui, l'histoire semble se répéter avec des films défrayant la chronique alors même que des pionniers comme Mad Max avaient déjà, normalement, épuré les conventions conservatrices. Véhiculer des idées ambiguës et déroutantes au travers d'un divertissement de genre, voici la grandeur d'un film tel que celui de Miller qui, avec son premier long métrage, pose une brique de plus dans l'évolution magnifique du cinéma australien, pays duquel quelques années plutôt un certain Peter Weir avait déjà signé deux oeuvres monumentales que sont Pique-nique à Hanging Rock en 1975 et La dernière vague en 1977. Étrange alors de voir Miller accuser le coup en constatant que son bébé est taxé de film « à la violence gratuite et dangereuse » alors que le jeune réalisateur avait médité longuement sur la question de la sauvagerie au cinéma. Ou quand les images fulgurantes défient les pensées au point de les éclipser aux esprits les moins lucides et surtout les moins ouverts.
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