
EXCES DE LECTURE : BATMAN PAR MILLER
Tout sur THE DARK KNIGHT - La Critique - Photos - Le 2008-07-25 16:36:37Edition intégrale de Frank Miller (avec Klaus Janson et Lynn Varley)
1999 - Publié chez Delcourt
Frank Miller est un nom important dans le monde des comics américains puisqu'il en a révolutionné la perception. Le super-héros a longtemps été un symbole simpliste et enfantin. Miller se concentre sur ses névroses et le plonge dans un monde totalement désespéré. C'est ce qu'il fit pour Daredevil (dans Daredevil, Renaissance) et pour Batman à plusieurs reprises (la schizophrénie du personnage traumatisé avait tout pour l'inspirer), notamment dans Batman Année 1 qui servit d'inspiration importante au Batman Begins de Christopher Nolan. Si The Dark Knight au cinéma n'est à priori pas l'adaptation fidèle de l'oeuvre de Miller, elle en reprend l'esprit. Il est indéniable que l'approche réaliste, violente et sombre de Miller ("adulte" pourrait-on dire), fonde la démarche du cinéaste. C'est pourquoi il est important de connaître Batman, Dark Knight pour comprendre cette nouvelle façon, naturaliste et crue de décrire l'homme chauve-souris et son univers désenchanté. Il n'a plus grand chose de la fantaisie d'antan. Gotham City est pourrie par le crime, dans une ville si corrompue qu'elle annonce Sin City dans l'oeuvre de Frank Miller.

Batman Année 1
La corruption a tout envahi, les médias règnent en maitres. Une bonne partie de l'histoire est dédiée aux débats qui s'y déroulent, idéalisant Harvey Dent, qui a subi une opération esthétique et n'est plus en apparence Double Face, il est présenté comme une victime malheureuse en quête de réinsertion. Bruce Wayne est un vieillard fini de soixante ans, tentant de maintenir ses vieux démons à distance en se réfugiant dans l'alcool. Mais le monstre en lui ne demande qu'à resurgir, ce double chauve-souris qui a gouverné son destin. Rangé des voitures depuis dix ans, auprès d'un Alfred toujours aussi ironique, il rumine, et va finalement se laisser envahir par son ancienne folie pour combattre le gang des mutants qui terrorise un Gotham City gangréné par le crime.

dark knight
Après dix ans de silence, Bruce Wayne redevient Batman. Avec son retour, survient la controverse. On le traite de psychopathe, de « vigilante » aux méthodes aussi violentes que ceux qu'il combat. Les médias bienpensants se déchainent sur lui. Mais le vieil homme revit, renait à son ancienne vie, il est plus impitoyable qu'avant, plus trouble, hanté par ses souvenirs, la mort de Robin, le message de Celina Kyle sur son répondeur. Son aventure est crépusculaire. Auprès d'un Gordon également vieillissant et désabusé, ils semblent être des survivances rudes et violentes dans un monde qui cache la barbarie derrière la bonne conscience proprette des écrans de télévision. Le dessin est d'ailleurs intéressant à ce titre : les cases qui montrent la télévision sont d'un trait grossier, simpliste, dans des petites vignettes. Celles évoquant la réalité sont plus amples, détaillées et chaotiques. L'histoire est contée dans ces deux dimensions, telle qu'on la perçoit à la télévision et telle que la vit Bruce Wayne, de manière fiévreuse, sombre et parcellaire.
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