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MUSICIENS AU CINEMA : DESTINS D'ANGES DECHUS

MUSICIENS AU CINEMA : DESTINS D'ANGES DECHUS

Tout sur I'M NOT THERE - La Critique - Photos - Le 2008-07-21 11:06:29


A l'occasion de la ressortie de Let's get lost de Bruce Weber, évoquant le trompettiste de jazz légendaire Chet Baker, on songe à quel point les grandes figures tourmentées de la musique ont inspiré le cinéma. On est toujours en mal de symboles, d'icônes, de sacré dirait Jim Morrison. Ce sont avant tout de destins dont il s'agit, excessifs, absolus, lumineux et tragiques. De Great balls of fire à Last days, de The Rose à Control, il est question d'anges déchus, d'individualités démesurées osant s'aventurer trop loin (comme Ray Charles ou Jerry Lee Lewis). Il y a cette dualité, cette fougue de la jeunesse, entre innocence et danger, entre paradis et enfer. On touche à des thèmes éternels qui ont cours depuis la tragédie grecque. Au milieu de cela il y a la musique qui est l'émotion pure, le dionysiaque, la cristallisation de ces destinées sur lesquelles on projette tant, que l'on rend exemplaires, martyres ou courageuses, célestes ou sulfureuses (souvent les deux confondus), les derniers mythes de nos temps obscurs qui en manquent tellement.

let's get lost

Cela commence avec le vieux motif de l'artiste maudit, possédé par une sombre créativité qui lui fait côtoyer le danger en permanence. Il vit même souvent dans la crainte de sa propre damnation, de sa perte sans espoir de retour. Parfois il renait, purifié comme un Phoenix comme dans Ray ou Walk the Line. Il apprivoise ses démons, se dépasse lui-même et se consacre à son art. Souvent, l'artiste volcanique et précoce n'échappe pas à sa sombre malédiction. Il est une victime imbibée d'alcool, de drogue et de déception, comme Bette Midler dans The Rose de Mark Rydell, évocation romancée du destin de Janis Joplin. Derrière la gloire, lorsque la musique est finie et n'offre plus sa parenthèse de grâce, il y a le néant, la solitude, la perdition.


Walk The Line


Après l'adulation facile qu'ont gagné ces jeunes dieux qui connurent le succès a un âge encore tendre, il y a une désillusion sans retour. Ici Jim Morrison est le plus emblématique. Même si Oliver Stone dans The Doors traite au premier degré ce personnage complexe et cultivé, on ressent ses velléités de poète, marqué par Rimbaud et Nietzsche, ayant conscience de se compromettre et s'ennuyant assez vite dans le milieu du Rock qui ne répond pas à ses ambitions artistiques. Stone en fait le symbole du « live fast, die young » ou du « sex drug and rock'n'roll ». La réalité biographique va cependant bien au-delà de ce cliché, on peut d'ailleurs rapprocher le désespoir de Morrison et son autodestruction, du dédain de Gainsbourg pour la chanson qu'il considérait comme un art mineur et facile.

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