
Romain Le Vern 10

CINE : VINYAN
Réalisé par Fabrice du Welz
Avec Emmanuelle Béart, Rufus Sewell...
Date de sortie : 1er Octobre 2008
Après Calvaire, Fabrice du Welz n'a jamais caché son envie de proposer un remake des Révoltés de l'an 2000, un classique de Narciso Ibáñez Serrador dans lequel un couple (un homme anxieux et une femme enceinte) débarquait sur une île peuplée d'enfants assassins. A un moment donné, Guillermo Del Toro était également intéressé par ce projet de relecture, lui qui voue depuis toujours une fascination pour la poésie de ces films fantastiques espagnols des années 70 recelant des abîmes à la fois existentiels et politiques (L'esprit de la ruche, de Victor Erice, reste son influence majeure pour L'échine du diable et surtout Le Labyrinthe de Pan). A l'époque, pour des problèmes de droits, cela n'a pas pu se monter. Finalement, le cinéaste belge a co-écrit avec David Creig et Oliver Blackburn une autre histoire, aux thèmes voisins, en utilisant comme toile de fond la catastrophe du Tsunami. C'est l'occasion pour Du Welz de quitter le plat pays et de se fondre dans la région des tropicales maladies pour y laisser un peu de soi. Là-bas, il a enregistré les derniers battements de coeur d'un couple franco-britannique (Emmanuelle Béart et Rufus Sewell) dont le fils a disparu lors du terrible raz-de-marée. Restés à Phuket plusieurs mois après le drame, tous deux croient reconnaître leur progéniture sur une vidéo lors d'un dîner de charité. Ils partent à sa recherche dans la jungle birmane en compagnie d'un «parrain», étrange guide dont on ignore les intentions. Là-bas, d'autres enfants (les mêmes que nous voyions subrepticement dans les bois de Calvaire?) attendent. Patiemment.

Cet exil thaïlandais a été salutaire pour Du Welz. A l'arrivée, il ne pouvait pas livrer un résultat plus tripal, cathartique et ensorcelant. Toujours mû par des forces telluriques. Toujours au bord de l'évanouissement. Toujours à deux doigts de clamser. Parce qu'un film comme Vinyan ne se construit pas dans le calme, mais dans la douleur, la boue, le sang. Moins boucher et drôlement trash que dans Calvaire, Fabrice Du Welz ausculte ici la lente, très lente - et donc belle, très belle - déliquescence morale d'un homme et d'une femme confrontés à un travail de deuil impossible. Avec sa caméra scalpel, il rend compte des mouvements de leurs âmes. On les sait perdus dès le départ et pourtant ils sont guidés par une foi inextinguible. Vinyan doit avant tout être vu comme une odyssée romantique (mais d'un romantisme éprouvant et jamais éprouvé) où l'on préfère se perdre par amour dans le refuge du passé plutôt que d'admettre la vérité du présent. Par la force de l'esprit, c'est le paradis qui finit par apaiser l'enfer.














































