Au-delà de ses influences (aussi bien le thriller paranoïaque US des années 70 que la noirceur audacieuse des comics),
The Dark Knight remet sur le métier quelques obsessions tenaces de Christopher Nolan. De film en film, ce cinéaste construit des tours de magie aux rebondissements inattendus, aux constructions alambiquées et confronte des bases extrêmement classiques (souvent celles du film noir - personnages ambigus, enquête filandreuse, territoire urbain omniprésent) à une technicité de plus en plus poussée. Son second
Batman est peut-être sa plus grande réussite - le tour de magie consiste ici à rendre invisible les fils du magicien. On est littéralement sous le choc pendant près de deux heures trente: Nolan est arrivé à concilier la forme (extrêmement travaillée) et le fond (extrêmement riche) avec une cohérence qu'il n'avait encore jamais atteinte. Le résultat? Immense. A l'image de ce réalisateur qui, en six films remarquables, a désormais les coudées franches pour poursuivre ses expérimentations Soderberghiennes en alternant why not les gros projets rassasiants et les petits films plus exigeants. De lui, plus que jamais, on attend beaucoup.

dark knight
The Dark Knight: succès critique et commercial sans précédent pour Christopher Nolan
Après
Batman Begins, Christopher Nolan et Christian Bale ont plongé encore plus profond dans le tumulte de Gotham City. Ce qui les motive, ce n'est pas l'argent mais le défi artistique: se surpasser, transcender les attentes, refuser de reposer sur des lauriers. Pour le terrassant
Dark Knight (qui justifie à lui seul tous les substantifs), ces deux-là sont soutenus par une équipe de choc: des nouveaux venus (Heath Ledger, phénoménal -doux euphémisme - en Joker qui hante mentalement tout le monde ou encore Maggie Gyllenhaal qui fait oublier la prestation discutable de Katie Holmes dans
Batman Begins) et des fidèles (Jonathan Nolan, frère du réal, co-scénariste ou Michael Caine, toujours avide d'apprendre). Entre les deux épisodes de
Batman, les deux Nolan, Christian Bale et Michael Caine ont succombé à l'énigme du
Prestige, pause ludique où les notions de dualité et de magie étaient savamment explorées et annonçaient la tonalité encore plus schizoïde de
The Dark Knight qui ne peut être résumé à un simple divertissement. C'est plus, tellement plus que ça. Depuis sa sortie US, ce second
Batman signé Nolan et produit par Warner / DC Comics ne cesse de faire parler de lui. Quitte à faire de l'ombre aux autres productions actuelles. Il faut dire que sa qualité - indiscutable - ridiculise toute forme de concurrence cet été (et certainement cette année). Pour commencer,
The Dark Knight a réalisé le meilleur démarrage de tous les temps devançant ainsi le
Spider-man 3, de Sam Raimi. D'ailleurs le premier jour fut carrément exceptionnel (plus de 67 millions de dollars, là où
Batman Begins n'avait engrangé que 48 millions sur trois jours!).

dark knight
Ce succès colossal peut s'analyser de différentes façons et pas seulement par l'attrait massif des fans du super-héros torturé, rassurés par la renaissance d'une franchise et un premier volet signé Nolan qui posait avec une complexité inouïe de nouvelles bases, aux antipodes du block-buster aux coutumes Hollywoodiennes. A dire vrai,
The Dark Knight a les arguments pour fédérer un public dense: il peut séduire les cinéphiles aficionados de Nolan qui le suivent depuis son premier
Following comme ceux (et celles) qui ont été ému(e)s par la malheureuse disparition de Heath Ledger. Par ailleurs, la diffusion du film dans des salles Imax (
The Dark Knight possédant six scènes entièrement filmées avec des caméras Imax) a renforcé la curiosité. Logiquement, le phénomène
The Dark Knight devrait se répercuter sur une échelle internationale dans les semaines à venir. On verra les conséquences de cette Batmania incessamment sous peu. En attendant, préparez-vous à un double choc: esthétique et narratif. Le moins que l'on puisse dire, c'est que beaucoup de comparaisons surabondent pendant le visionnage de
The Dark Knight pour qualifier le travail titanesque de Christopher Nolan (l'éventail peut s'étendre de Don Siegel à Michael Mann); et ce n'est pas un hasard.