
«Inspiré d'un fait divers qui a déjà donné lieu à un chef d'oeuvre culte (les Tueurs de la lune de miel de Leonard Kastle - 1970) Carmin profond est un film méconnu qui mériterait lui aussi d'atteindre le statut de film incontournable pour les amateurs d'oeuvres différentes. C'est un road-movie étrange, avec des instants d'une rare violence et d'une intense bizarrerie. Il y a surtout un incroyable travail sur le plan séquence. Certains d'entre eux sont d'une cohérence narrative et musicale proches à mes yeux de la perfection. Le jeu d'acteur n'est pas en reste. C'est à mon sens le meilleur film du mexicain Arturo Ripstein (mais je ne les ai pas encore tous vus) »
Nicolas Boukhrief

CARMIN PROFOND de arturo ripstein
Artiste peu connu et sous-estimé (on réduit généralement son cinéma à de la pose esthétisante), Arturo Ripstein est un réalisateur mexicain qui lorsqu'il se montre très inspiré sait composer des plans-séquences avec une minutie d'orfèvre, instiller l'étrangeté à partir d'éléments simples ou rendre vraisemblable une histoire invraisemblable. Avec Carmin Profond, il signe son meilleur long métrage où la forme (stylisée et virtuose) rend compte de la folie meurtrière de ses deux personnages principaux sans tomber dans la complaisance ni même la gratuité. Tout commence à la fin des années 60 lorsque Arturo, fils du plus grand producteur de cinéma mexicain, ancien assistant de Don Luis Buñuel, découvre avec vingt ans de retard l'histoire de Martha Beck et Raymond Fernandez, "tueurs de la lune de miel" exécutés pour avoir assassiné des veuves qu'ils pillaient sans vergogne. Paradoxe troublant: ils sont haïs par l'Amérique toute entière et pourtant reçoivent chaque jour l'un et l'autre dans leur cellule des centaines de lettres d'amour. Au départ, Ray - Raymond de son vrai prénom - et Martha se sont rencontrés via une agence matrimoniale en mentant sur leur identité. Il cherche à séduire les veuves pour partir avec leur argent; elle veut vivre, grâce à son amie qui l'a inscrite à sa place, une histoire d'amour pour compenser la médiocrité de son quotidien étal. C'est lui qui répond le premier à sa lettre. Flattée, elle se laisse prendre au jeu de la séduction. Lui se rend compte qu'elle n'a rien d'une cible intéressante. Il l'abandonne. Elle le retrouve, lui fait du chantage affectif et se cramponne à lui. Comme un acte de désespoir. Martha accompagne alors Ray dans ses pérégrinations en se faisant passer pour sa soeur. Mû par la désinvolture, Ray a l'élégance et l'assurance séductrices de l'escroc gigolo ; Martha, elle, joue les complices passives, bouillonne de jalousie, abhorre son physique (elle a été victime très jeune d'un dérèglement hormonal), supporte de moins en moins que cet homme soit idolâtré par d'autres femmes qu'elle. Les concurrentes sont toutes décrites comme des vieilles filles obsessionnelles rongées par l'avarice. Si elle accepte de le suivre, c'est pour lui, et lui seul.
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