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LE COIN DU CINEPHILE : QUERELLE (RAINER WERNER FASSBINDER)

Querelle, de Rainer Werner Fassbinder, est une oeuvre qui ne ressemble qu'à elle-même avec derrière la caméra un cinéaste majeur au bout de ses obsessions achevant chaque plan comme s'il s'agissait du dernier et, devant, un acteur (Brad Davis, inoubliable Bill Hayes dans Midnight Express, d'Alan Parker). Le cinéaste allemand s'inspire d'un roman de Jean Genet et plaque ses fantasmes sur celui de l'écrivain pour créer une fusion maladive. Fassbinder se met à nu et utilise à son tour l'art du «chant d'amour» pour exorciser ses derniers démons. Mais, attention aux contresens : s'il voue la même fascination pour le héros Querelle en le dépeignant comme une bête cruelle au beau cul mais au regard destructeur, il se moque aussi de la légèreté romantique - parce qu'il ne peut pas s'empêcher d'être méchant - et de la prose pompeuse de l'écrivain poète français. Ici, pas de sentimentalisme gnangnan, juste la crudité des mots et des postures. Une manière d'être lucide avec l'"amour", un mot qu'il faut bannir du vocabulaire maison (revoyez Martha pour savoir ce que Fassbinder pense du sexe et, encore plus méchamment, du couple). C'est son dernier film entre pastiche et ironie, cérébralité et instinct; et il est aussi important que Salo, ou les 120 journées de Sodome dans la filmographie de Pier Paolo Pasolini. Comme toutes les pièces uniques, il ne s'oublie pas.



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"Il est de ces voyages dont on ne revient pas. Et on ne revient pas de Querelle, empire des sens qui suinte le désir et la frustration de partout."

Oubliez ce que vous avez été, ce que vous êtes et ce que vous aimeriez être. Imaginez que vous n'avez plus aucune identité, que vous rêvez. Que vous êtes à Brest, rendez-vous brumeux des crimes et des passions, où accostent des bateaux largués. Tout ce que l'on sait, c'est qu'ils reviennent de loin et que ceux qui ont voyagé dessus ont vu des choses terribles. Inavouables, aussi, sans doute. Celui qui débarque ce jour-là, baptisé "Le vengeur", est rempli de marins las des sirènes. Des tours phalliques et turgescentes qui, tels des repères imaginaires, les accueillent en pointant des cieux rouges. Un bordel (la "Feria") sis sur le port les racole. Ils peuvent y boire à satiété pour oublier un temps leur solitude. Leur tristesse aussi. Au loin, le soleil s'enfonce dans la mer pour disparaître. Avec une scénographie comme seuls quelques illuminés virtuoses comme, au hasard, Béla Tarr peuvent en proposer aujourd'hui (un navire, un bar, des ruelles et puis c'est tout), Fassbinder construit un univers théâtral comme il les déteste qui sert d'écrin à une agonie passionnelle et, peut-être, personnelle.



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Rarement un de ses films n'aura paru aussi énigmatique et dépaysant. En deux trois plans, on est submergé par une cosmogonie qui ne ressemble à rien de déjà-vu. C'est sûr : on va s'y perdre en même temps que Querelle, un matelot sous le joug de Narcisse qui séduit tous les hommes (officiers, policiers) ayant eu le malheur de croiser son regard ténébreux ou alors de fantasmer sur son corps sculptural. Il est beau à damner, aussi irréel que la ville de prison aux contours dangereux. Mais cette sublime créature, qui provoque le désir et dénonce ses amis de passage, fascine, réveille les pulsions endormies, tue ceux qui ont cru en lui. Très vite, les fantasmes débandent et l'amour devient impossible. Son supérieur pédé (le lieutenant Seblon, alias Franco Nero) rêve de lui et le compare à une oeuvre d'art intouchable. Alors il l'aime avec les yeux. Le désir homosexuel y est indissociable au meurtre mais aussi à l'art. Cet amour qui se consume de loin résume finalement à lui seul la vraie thématique de Querelle : l'obsession. L'obsession pour ce que l'on n'a pas ou ce que l'on voudrait être.

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