
MICHEL HOUELLEBECQ : GENIE DU RENOUVEAU LITTERAIRE
Tout sur LA POSSIBILITE D'UNE ILE - La Critique - Photos - Le 2008-08-29 04:31:53Une enfance déracinée -La fêlure originelle.
"La première démarche poétique consiste à remonter à l'origine. À savoir : la souffrance".
Tirée du recueil Rester Vivant, cette phrase est représentative des aspirations de Houellebecq et traduit l'introspection d'un mal originel. Michel Thomas, de son vrai nom, joue à brouiller les pistes sur son enfance au point d'en modifier certains faits fondamentaux. Il triche par exemple sur sa date de naissance (1956 ou 1958 ?) ou sur la mort prématurée de sa mère, Luci Ceccaldi. Celle-ci, enterrée un peu trop vite par ce garçon indigne, a récemment écrit L'innocente dans lequel elle cloue au pilori son « menteur de fils » qui doit son succès à sa « nullité ». Houellebecq reconstruit ainsi sa vie, tout comme ses romans, et son image publique.

LA POSSIBILITE D'UNE ILE de michel houellebecq
Ce qui est sûr néanmoins, c'est qu'enfant, le jeune Michel est rapidement délaissé par ses parents. Né sur l'île de La Réunion, il est confié aux bons soins de ses grands-parents alors qu'il a à peine 5 mois, ses parents ayant décidé de traverser l'Afrique en 2 CV camionnette. Pour le petit Michel, c'est direction Clamart, dans les Hauts-de-Seine. Il passe ensuite la première partie de son enfance en Algérie, élevé par ses grands-parents maternels. L'instabilité familiale va continuer puisqu'il change de parents de substitution à l'âge de 6 ans pour être élevé par sa grand-mère paternelle cette fois-ci. C'est avec cette dernière qu'il tissera des liens profonds, lui rendant hommage en prenant pour nom d'écrivain son nom de jeune fille : Houellebecq. Les événements terribles des années 1960-70 en Algérie poussent le père de Michel à aller littéralement arracher son fils à cette grand-mère pourtant si bienveillante. Puis, ce fut Dicy dans l'Yonne, Villiers-Sur-Morin, Crécy-la-Chapelle, pour enfin atterrir à Meaux comme interne au lycée Henri Moissan. Le jeune Michel va ressentir, avec ces multiples déménagements contraints et forcés, un profond sentiment d'abandon de la part de ses parents et ne retrouvera jamais le chemin du foyer parental.

particules elementaires
Michel avoue se rapprocher du Beautiful Loser durant sa période adolescente. Une triste figure annonciatrice de son alter ego et de l'anti-héros de ses livres à l'image de Bruno Clément dans Les Particules Elémentaires. Sa mère dit de lui « qu'il était un surdoué mental, mais un sous-doué affectif ». Cet abandon reste flagrant même si ses parents, tout de même bienveillants, lui achètent un studio dans le VIIe arrondissement de la capitale. Sa vie parisienne est studieuse et cinéphilique : il fait ses classes préparatoires dans le lycée Chaptal et passe ses soirées à user les sièges de la Cinémathèque française. Il apprécie tout particulièrement les films muets de Murnau et de Lang. Il y trouve un univers sombre et désenchanté, proche de ses aspirations réflexives et affectives, et aiguise un goût prononcé pour l'image, animée ou non. En même temps, ses lectures sont nombreuses, la littérature devenant un véritable refuge, si bien qu'aux environs des années 1975, pendant ses études d'agronomie à Grignon, il crée avec deux de ses camarades la revue Karamazov en référence à Dostoïevski. Il avoue là un désir de se mettre en avant et de sortir de la masse. Mais plus que tout, il cherche son salut au travers de la création artistique : par l'écrit avec de nombreux poèmes, ou par l'image, avec la réalisation du court-métrage Cristal de souffrance. Réalisé en 16 mm, le film est plus lyrique que satyrique, mettant en scène les élèves de son école. Il y projette les événements de sa vie passée et présente sous un angle analytique et poétique, comme il le fera plus tard dans ses romans. On y découvre un Michel qui ne trouve pas sa place parmi ses bruyants congénères. Il les fustige volontiers : « ce sont des soiffards, des rustres, des barbares ». Lui, ce solitaire éthéré, sort diplômé d'agronomie. Il croit pouvoir trouver alors un travail calme et bien payé afin de poursuivre en privé ses écrits. Cependant, le destin s'acharne car il va pointer à l'ANPE durant trois ans, de 1978 à 1981.
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