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CINE : INJU

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Tout sur INJU, LA BETE DANS L'OMBRE - La Critique - Photos - Le 2008-09-02 03:38:39


Un faux film classique où l'inestimable Barbet ressasse des obsessions. Mais le résultat est si personnel que beaucoup risquent de sous-estimer son second degré et sa richesse.

Romain Le Vern 6
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Depuis ses débuts, Barbet Schroeder alterne les documentaires et les fictions pour scruter la frontière ténue qui sépare ce qui relève du vrai et du faux. Dans L'avocat de la terreur, il tirait le portrait de Maître Vergès, avocat séduisant et inquiétant et, à travers lui, revenait sur tout un pan d'histoire. Involontairement ou non, Inju, la bête dans l'ombre, son nouveau long métrage, rebondit sur ce documentaire en usant de tous les artifices de la fiction pour détailler avec le même mélange de fascination et de répulsion une nouvelle relation ambiguë entre deux hommes. L'un pousse l'autre à décliner sa véritable identité et donc à montrer son vrai visage. Au rapport entre le documentariste (Barbet Schroeder) et son sujet (Maître Vergès), se substitue désormais celui, ouvertement sadomasochiste, entre deux écrivains: Alex Favard (Benoît Magimel), un jeune auteur et Shundei Oe, un romancier dont on ne connaît pas l'apparence physique, adulé pour ses livres dérangeants. Le français est fasciné par le talent du japonais et part à sa recherche, sur son territoire. Mais cette fascination n'a rien de réciproque et le mystérieux Shundei (dont on ne saura l'identité qu'à la toute fin) va ourdir une machination contre ce jeune arriviste. Le film ne raconte que ça? Evidemment, non. Sous les apparences, Schroeder ne laisse rien (mais alors rien) au hasard. Décryptage.

INJU, LA BETE DANS L'OMBRE
Un film de Barbet Schroeder
Avec Benoît Magimel, Lika Minamoto, Ryo Ishibashi, Shun Sugata, Takumi Bando, Toshi Fujiwara, Gen Shimaoka, Sean Muramatsu, Erika Niibo, Tomonobu Fukui
Durée : 1h45
Date de sortie : 03 Septembre 2008



INJU, LA BETE DANS L'OMBRE de barbet schroeder - photo 4
INJU, LA BETE DANS L'OMBRE de barbet schroeder

Ceux qui, sur le papier, s'attendaient à un thriller classique déclinant gentiment toutes les combinaisons d'un genre connu comme le loup blanc (le jeu du chat et de la souris) risquent d'être déroutés, pour ne pas dire très déçus. Le plus important n'est pas l'aboutissement de l'histoire mais bien toutes les péripéties qui y mènent. Avec Barbet Schroeder aux commandes, il vaut mieux prévenir: ses films les plus simples sont en réalité ceux qui cachent les idées les plus perverses. Souvent, elles ne surgissent qu'une fois que l'on a assemblé toutes les pièces du puzzle. C'est le cas avec Inju, la bête dans l'ombre qui fonctionne comme un thriller mental qui traite de l'obsession (la seule raison qui pousse l'écrivain français à se perdre au Japon, c'est découvrir ce qui le dépasse) et cache une réflexion ludique - à défaut d'être inédite - sur la création artistique. Au-delà des surprises et des rebondissements, pas nécessairement conformes à ceux du roman dont il est adapté (en l'occurrence celui d'Edogawa Ranpo, connu pour être dans la vie de tous les jours le double de Shundei Oe), cet objet appartient en premier lieu à son auteur: Barbet Schroeder. Dans son cinéma, le thème du double revient de manière obsessionnelle, que ce soit dans ses films commerciaux (la psychopathe de JF partagerait appartement qui ne s'est jamais remise de la mort de sa soeur jumelle), intimistes (Maîtresse où le personnage principal joué par Bulle Ogier menait une double existence symboliquement représentée par des appartements sur deux étages) ou même dans la structure de ses scénarios (More qui passait de l'extase à la déliquescence).



INJU, LA BETE DANS L'OMBRE de barbet schroeder - photo 5
INJU, LA BETE DANS L'OMBRE de barbet schroeder

En reprenant ce motif (et si Shundei Oe était le double de Alex Favard?), Inju, la bête dans l'ombre se moque des codes du whodunit. Peu importe au fond l'identité de Shundei Oe. Les dix premières minutes de Inju ressemble à un avertissement pour celui qui prendrait cet exercice de style trop au sérieux. On y voit l'extrait d'un faux film japonais mélangeant chambara gore et néo noir avant de revenir à ce qui ressemble à la réalité (un cours de fac). Mais une fausse réalité puisque nous sommes au cinéma. Ensuite, le spectateur doit faire le tri entre ce qui relève du vrai et du faux, de l'original et de la copie, du maître et du disciple, de l'artiste et de l'escroc. Schroeder détermine de manière figurative les rapports sadomasochistes entre l'écrivain occidental (Benoît Magimel) et l'écrivain japonais. Respectivement, ils prennent plaisir en se faisant ou en faisant du mal, le plus souvent en employant la manipulation intellectuelle. Inju serait donc le film du plaisir pervers? Oui. Une sorte de film-piège où les personnages prennent plaisir à se perdre, à jouer ou à se faire avoir de manière tellement inoffensive que rien n'est important puisque tout est truqué dès le départ. On retrouve alors le principe du dramaturge Pirandello («A chacun sa vérité») qui à travers ses pièces aimait à brouiller les pistes pour faire du «théâtre dans le théâtre».

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