
PASOLINI ET LES 120 JOURNEES DE SODOME
Tout sur SALO, OU LES 120 JOURNEES DE SODOME - Photos - Le 2008-09-04 16:01:06
SALO, OU LES 120 JOURNEES DE SODOME de pier paolo pasolini
Posons-le comme une évidence - parce que c'en est une et que personne ne pourra contredire ça -: Salo ou les 120 journées de Sodome est un film unique. Du jamais vu à l'époque et même aujourd'hui. Personne n'a pu, ne peut et ne pourra filmer la dégradation d'un homme par un autre homme comme ça, en laissant périr le spectateur sans espoir ni balise dans une atmosphère de malades mentaux. Une atmosphère qui ne nous contamine pas mais qu'on nous impose. C'est ça la grande force de Salo: Pasolini impose au regard ce que l'on n'a pas envie de voir. Pour le cinéaste italien, ce long métrage - d'autant plus tragique et désespéré que c'est son dernier - doit être vu comme une métaphore de ce qu'a été la dissociation nazi-fasciste et de ses crimes contre l'humanité. Libre à chacun ensuite d'y voir ce qu'il veut au-delà du contexte purement politique. Au temps de la république fasciste de Salo en Italie, quatre détenteurs du pouvoir décident de passer cent vingt journées dans un grand château pour y assouvir leurs fantasmes sadiques. Ils font pour cela enlever de force neuf jeunes femmes et neuf jeunes hommes qui doivent se plier à leurs exigences corporelles...

SALO, OU LES 120 JOURNEES DE SODOME de pier paolo pasolini
Arguer que Pasolini profite de l'expérience pour accoucher ses fantasmes de pervers relève de la lecture infantilisante: il suffit de voir à quel point il se plaisait déjà à filmer les corps nus de jeunes hommes et de jeunes femmes dans sa trilogie hédoniste de la vie et des plaisirs (Le décameron, Les contes de Canterbury et Les mille et une nuits) pour déduire qu'il a franchi le cap et que Salo, aiguisé par la noirceur, vise l'obscénité au sens premier («sur le devant de la scène») et s'impose comme une antithèse de ces trois films. Déjà, le sexe devient moins source de plaisir que métaphore du pouvoir (comment cette seule arme - le corps - permet finalement aux victimes de devenir bourreaux?). Rien que de ce point de vue, le film reste passionnant. Historiquement et géographiquement, le roman de Sade est transposé pendant la période d'alliance entre l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie, dans la République de Salò proclamée par Mussolini en 1943. Non seulement pour appuyer son côté intemporel mais surtout pour que le cinéaste revienne sur son traumatisme d'homme ayant vécu toute son enfance sous le régime de Mussolini avec la peur au ventre que l'humanité bascule à répétition dans l'innommable. C'est le seul élément que Pasolini a modifié par rapport au texte de Sade. En revanche, il est resté extrêmement fidèle que ce soit au niveau de la psychologie ou de l'action.
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