James Bond a toujours été incarné par des hommes élégants, dotés d'une ironie à toute épreuve. Cependant, ce dernier trait de caractère a entraîné certaines dérives, la répartie du personnage devenant grotesque, les situations arrivant aux limites du ridicule. L'ère
Pierce Brosnan n'arrangea pas les choses. Les films ne manquaient pas de classe, ni de l'action spectaculaire et exotique qui a fait la renommée de la série. Mais par moments, dans cette surenchère, on frôlait la caricature la plus grossière. C'est alors qu'un virage à 180 degrés fut pris. Du passé on faisait table rase avec
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Martin Campbell en 2006. La continuité de la série était rompue, on revenait à la source du personnage créé par Ian Fleming et on racontait les débuts de la carrière de 007 d'une manière brute et beaucoup plus naturaliste (toutes proportions gardées) qu'à l'accoutumée. Plus grande fut la stupeur lorsque l'on arrêta le choix de l'acteur sur le britannique
Daniel Craig, également très différent de ses prédécesseurs. Cela en laissa plus d'un dubitatif.

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Pourtant Craig s'est révélé largement à la hauteur de la tâche, insufflant une dimension plus humaine, plus vulnérable, plus vraisemblable. Le personnage était capable de la cruauté la plus froide et demeurait impassible. Mais pour la première fois depuis longtemps, il se sort avec peine de ses missions, prend des coups, a perdu de son flegme immuable qui le rapprochait dangereusement d'un super-héros archétypal. Il est surtout capable d'avoir le coeur brisé. Si la fameuse Aston Martin fait des tonneaux et est salement amochée, si l'on en veut aux attributs virils du personnage, un moment très menacés, il doit y avoir une raison.
Daniel Craig est différent des autres acteurs qui ont endossé le costume impeccable de l'agent de sa très gracieuse majesté. Il a eu une carrière avant d'incarner ce rôle emblématique. Il y a d'ailleurs de fortes chances pour qu'elle se perpétue ensuite avec le même succès (ce dont seul
Sean Connery a été finalement capable). Il est un comédien qui a une solide formation théâtrale, qui a rencontré la reconnaissance au Royaume-Uni grâce à son talent et son audace auprès de cinéastes ambitieux, indépendants et expérimentaux comme
John Maybury, avec qui il a collaboré à deux reprises, dans
Love is the Devil (où il était l'amant du peintre Francis Bacon incarné par
Derek Jacobi, dans une relation malsaine et sadomasochiste) et le très réussi
The Jacket (où il était le compagnon d'
Adrien Brody lorsqu'il était interné).

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Né en 1968, il est très tôt au contact du monde théâtral, sa vocation d'acteur lui vient à la plus tendre enfance, alors que sa mère fréquente assidûment une troupe théâtrale à Liverpool. Assez peu fait pour les études et la culture académique qu'on y enseignait, il quitta l'école à 16 ans. Souvenez-vous de vos jeunes années lorsqu'un prof vous faisait ânonner du Shakespeare (du Molière ou du Racine en nos contrées) sans vous en faire ressentir l'émotion... C'est ce qu'a vécu Craig. Pourtant tout ce qu'il voulait, c'était jouer. Il intégra donc le National Youth Theater et se consacra définitivement à sa passion, alors qu'il était encore dans l'adolescence.