
Pour une raison ou pour une autre.
GINGER SNAPS : RÉSURRECTION (GINGER SNAPS II : UNLEASHED) de Brett Sullivan
Deuxième volet d'une trilogie qui ne connut pas en France les honneurs d'une sortie salles, malgré l'aura très culte de son premier chapitre, Ginger Snaps : Resurrection vaut beaucoup mieux que son statut de suite pâlichonne. Sa découverte est même assez étonnante. Car le film a ceci de profondément dérangeant qu'il donne à voir un monde adolescent replié sur lui-même, vidé de toute influence adulte, un monde entièrement composé de jeunes filles malades, névrosées, droguées, vaincues par la noirceur du monde et leur propre cynisme à ne plus vouloir en faire partie... Un film sur la tentation autiste de l'adolescence, époque décrite par le film non comme un éveil mais comme le stade terminal de l'illusion. Imaginez ainsi une oeuvre montrant des adolescentes enfermées dans une sorte d'asile où la came dont elles sont accrocs se paye en taillant des pipes aux infirmiers et vous aurez une idée de "l'enfer sur terre" proposé par Ginger Snaps : Resurrection. Un truc entre Emily the Strange et Christiane F. Un enfer à base de perfusion, d'auto-mutilation et de chimie, un enfer où les psychotropes ont remplacé toute présence parentale... Dérangeant donc, et subversif, tandis que la toujours aussi géniale Emily Perkins tente désespérément de s'injecter un poison nocif, seule substance capable de freiner son inévitable transformation en louve...

ginger snaps resurrection
Et le personnel hospitalier de penser bien évidemment qu'elle n'est qu'une junkie parmi les autres et d'essayer à tout prix de l'en empêcher. Ce qui, en plus d'un suspens bien mené, donne une suite de scènes assez étonnantes où le corps muant de notre longiligne héroïne est scruté par la caméra de Brett Sullivan (totalement habité par son sujet) comme un scanner traquant la tumeur dans un périmètre de peau saine. Film mortifère sur l'adolescence donc, manifeste gothique au sens thématique du terme, Ginger Snaps : Resurrection suggère une jeunesse dépressive qui errerait dans des zones blanches et stériles, loin de toute foi et de tout idéalisme. Un film d'horreur singulier, noir mais poétique, qui se développe de façon assez sublime quand il introduit un personnage de petite fille faisant des collages de photos prises dans les magazines. Des collages qui nourrissent sa fascination obsessionnelle et morbide pour les contes de fées et les mythes et qui révèlent sa folie meurtrière quand le réel se rappelle à elle, tandis qu'on la prenait pour la sage innocente, dans une conclusion aussi belle qu'inattendue. Ginger Snaps : Resurrection est une sacrée surprise. Le troisième volet, variation Western autour du concept d'origine, n'est pas de cet acabit.
Trilogie en Dvd zone 2 chez Metropolitan.
FONDU AU NOIR (FADE TO BLACK) de Vernon Zimmerman
Fondu au noir est issu de l'époque bénie où le cinéma de genre, largement produit par de petites boites indépendantes, hors de la sphère Hollywoodienne et de ses formules, prenait des formes inattendues et transcendait la notion même d'archétype. L'époque était libre, les étiquettes moins collantes et cela donnait parfois des oeuvres intimes et singulières. Car à proprement parler, le film de Vernon Zimmerman ne convoque l'imagerie du film d'horreur que pour tirer le portrait d'un jeune homme mal dans sa peau. Une chronique sociale, au fond, qui montre la solitude infinie des introvertis, à l'instar de The Killing Kind de Curtis Harrington ou du Martin de George A. Romero. Une oeuvre inclassable qui parle de la passion monomaniaque du frêle Eric Binford pour le cinéma qui a tout remplacé. On peut donc y lire une sorte de description empathique d'un mélancolique maladif, dont l'inaptitude à se confronter aux réalités du monde va l'entraîner dans une terrible impasse. Film spirale qui semble dire que la tristesse et l'inadaptation aux autres n'entraînent qu'une tristesse plus grande encore, Fondu au noir bouleverse pour ses scènes où Dennis Christopher (génial) ne réalise pas que les morts qu'il provoque sont bien réelles.

fade to black
Il faut voir son visage scruter avec scepticisme celui, inerte, de ses victimes, tandis qu'il pense être dans un grand jeu de reconstitution. Zimmerman filme la passion cinéphile comme une pathétique incapacité à vivre autrement que par procuration, faisant de son Eric Binford un petit bonhomme ingrat qui ne se supporte, de justesse, que parce qu'il se souvient des génériques alors que les autres ont tout oublié. C'est là sa seule façon de se sentir supérieur, là sa mainmise sur l'ignorance des gens de la "vraie vie". Un beau film sur la tristesse des mondes intérieurs, quand ceux-ci privent de jouir du présent et de sa chair.
En Dvd zone 1 (sans sous-titre) chez Anchor Bay.
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