
LE COIN DU CINEPHILE : LUNES DE FIEL (ROMAN POLANSKI)

lunes de fiel
"Bien qu'adapté d'un roman sulfureux de Pascal Bruckner - qui poussait encore plus loin le vice avec des passages entièrement voués à la scatologie et une fin aussi cruelle qu'improbable -, Lunes de fiel décline toutes les obsessions de Polanski cinéaste, taraudé par le mal mais aussi le délire Kafkaïen, l'identité morcelée, la paranoïa, le sexe, la destruction."
Depuis toujours, Roman Polanski est un cinéaste insaisissable, absorbé par l'ambiguïté, qui adore lorsque le grotesque angoissé et le tragique macabre se chevauchement indistinctement pour se chercher des noises. Bien qu'adapté d'un roman sulfureux de Pascal Bruckner - qui poussait encore plus loin le vice avec des passages entièrement voués à la scatologie et une fin aussi cruelle qu'improbable -, Lunes de fiel décline toutes les obsessions de Polanski cinéaste, taraudé par le mal mais aussi le délire Kafkaïen, l'identité morcelée, la paranoïa, le sexe, la destruction. Et de ce film-là, finalement aussi abstrait et mental que les autres, on en conserve moins une intrigue cohérente (elle est d'ailleurs tellement sinueuse qu'on finit par s'en battre) qu'une atmosphère délétère de désir, de son assouvissement contrarié. On en garde un mystère qui n'accouche pas, ne transpire pas, filmé en suspension. En fait, tout est parti d'une envie commune : celle du réalisateur Roman Polanski et du producteur Alain Sarde de travailler ensemble. Ce dernier propose alors un bouquin dont il détient les droits: Lunes de fiel, de Pascal Bruckner.

lunes de fiel
Polanski s'adonne à la lecture avec passion, adore l'ambiance bizarroïde qui en émane et demande illico à ses confrères Gérard Brach et John Brownjohn (pour les dialogues anglais) de transposer le roman en mêlant le texte et l'image, le sens et la sensation, l'abstraction et l'émotion. Pour créer le trouble, il choisit des comédiens anglo-saxons. Oppose la pudeur so british de Hugh Grant et Kristin Scott Thomas - que l'on retrouvera plus tard dans Quatre mariages et un enterrement, le décalage ajoutant au plaisir de cette comédie britannique - à la perversité américaine de Peter Coyote - en fauteuil roulant - et d'Emmanuelle Seigner - en total décalage. Loue les services d'un chef-opérateur émérite (Tonino Del Colli, qui a travaillé pour des cinéastes aussi prestigieux que Fellini, Leone ou Pasolini). Demande à Vangelis d'écrire une musique à la fois obsolète et intrigante à base de synthés pourris. Bref, s'entoure d'une équipe robuste pour fomenter un projet hors des normes et pas consensuel pour un sou. Hélas, financé pendant la guerre du Golfe, le film ne bénéficie pas des fonds saoudiens prévus au départ dans son budget ; et Polanski doit se lancer dans la production - pour la première fois - en mouillant sa chemise. A ses risques et périls!
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