Les ayant enfin vus gagner l'oscar du meilleur film pour
No Country for Old Men (qui sort actuellement en DVD), passons un peu de temps sur la carrière des frères réalisateurs à la filmographie la plus éclectique du monde. Car les frères Coen sont du genre à toucher à tous les genres (genre !) passant du polar pur et dur à la comédie romantique digne de Capra, avec en chemin une relecture de l'Odyssée sur fond de blues.

NO COUNTRY FOR OLD MEN de frères coen
Au début, il n'y avait rien. Joel est le premier, né en 1954 à Saint Louis Park dans le Minnesota, rejoint par son frère Ethan durant l'année 1957. S'ils possèdent tous les deux une adoration pour le grand écran, c'est Joel qui, étudiant le cinéma au Simon's Rock of Bard College, commencera toutefois à tâter de la caméra. Ethan, lui, intégrera le département philosophie, se consacrant particulièrement à l'écriture. De ce fait, Joel sera plutôt destiné au cadre, tandis qu'Ethan fera le reste. Ils se passionnent aussi pour les romans noirs (ayant une grande affection pour les romans de Raymond Chandler), et leur filmographie sera alors émaillée de maris trompés, femmes volages, détectives engagés, tueurs sanguinaires et autres bandes de Mexicains. C'est aussi pendant ces années de Fac qu'ils rencontreront un autre enragé de la pellicule :
Sam Raimi. Tous les trois commencent alors un court métrage intitulé
Within the hood qui deviendra en 1981 le fameux
Evil Dead. Ils s'attachent ensuite à l'écriture de
Mort Sur le grill, réalisé lui aussi par Raimi, (malheureusement démonté par les producteurs), et c'est ainsi que les deux frérots vont décider de mettre leurs penchants noirs sur grand écran à leur tour, pour l'année 1984 (soit lorsque
Mort sur le Grill sort enfin sur les écrans).

blood simple
Et quoi de plus pour
Blood Simple, leur premier essai, que de mettre leurs personnages favoris au coeur du scénario. Le mari, la femme, l'amant et le détective au chapeau prennent donc place dans le script ; puis jouant de ces clichés, les stéréotypes se mettent à exploser, et laissent place à une paranoïa grandissante. On retrouve déjà ce qui fera la marque de fabrique des Coen :
Un état Américain (ici le Texas), une femme fatale (ici
Frances McDormand, devenant la même année Madame Coen à la ville), de l'humour noir et de grands dialogues. Les scènes cultes se succèdent, comme le passage où un homme hésite plusieurs fois à tuer l'autre, n'arrivant pas à passer à l'acte jusqu'à l'enterrer vivant. Nous assistons aussi à de nombreux retournements de situations grâce aux morts qui reviennent, et la violence omniprésente des protagonistes. Pour leur premier long-métrage, ils utilisent le talent d'un certain
Barry Sonnenfeld à la photographie, qui avait déjà fait ses marques sur quelques films pornographiques, qui connaîtra ensuite le succès qu'on lui connaît grâce aux
Men In Black, à la famille Addams (ou tout récemment par le triomphe de la série
Pushing Daisies). Barry nous donne ici une magnifique photo digne des meilleurs polars et y ajoute l'utilisation des fameux plans « caméra qui va vite » rendus célèbres par
Sam Raimi dans ses
Evil Dead. Au casting, mis à part McDormand, on trouve M. Emmet Walsh (
Blade Runner), Dan Hedaya (
Monk) mais pas encore les têtes familières des Coen. Il faudra encore attendre quelques années avant qu'ils obtiennent leur cheptel d'acteurs. Le film gagnera plusieurs récompenses (dont le prix du jury au festival Redfordien de Sundance), et tous attendent le prochain film noir des Coen. C'est alors qu'ils prennent les spectateurs à revers lorsque sort en l'an 1987, le délire d'
Arizona Junior.