C'est un fait,
Pierce Brosnan était né pour interpréter, un jour, le rôle de James Bond. Pas qu'il ait été prédestiné par sa nationalité à pouvoir jouer l'agent 007 sur grand écran : fils unique, le comédien est né en 1953 en Irlande, mais a vécu dès son adolescence à Londres. Et c'est à peine âgé de 10 ans que son père, qui ne mesurait sûrement pas les conséquences de son acte, l'emmena voir au cinéma l'immortel
Goldfinger. Le petit Pierce voit là son premier long métrage dans une salle obscure, et plus que fasciné par la classe internationale de
Sean Connery, en décide ainsi : il sera acteur. Son enfance sera partagée entre ses rêves d'artiste et la dure réalité de sa famille, abandonnée par son père. Il quitte l'école dès 16 ans pour assouvir sa passion, sans vraiment avoir la bénédiction de ses parents. Mais l'entêtement finit par payer : en prenant des cours de théâtre en Angleterre,
Pierce Brosnan peut rapidement exercer son talent sur les planches, dans des adaptations de Tennessee Williams par exemple, tout en s'exerçant au métier plus terre-à-terre de régisseur, au théâtre national de Glasgow.

MAMMA MIA ! de phyllida lloyd
Les années 70 sont donc essentiellement britanniques pour le jeune comédien, qui malgré un bonheur naissant (il épouse sa première femme Cassandra Harris, qu'on retrouve notamment au générique de...
Rien que pour vos yeux, tiens, tiens...), peine à obtenir la reconnaissance qu'il espère. Doté à la fois d'un charme irlandais agressif et d'un sourire flegmatique typiquement british, l'acteur joue les figurants à la télévision, avant d'obtenir un premier petit rôle d'importance dans l'un des bijoux du film de gangster britannique,
Racket (ou
The long good Friday en VO) avec Bob Hoskins. Les années 80 débutent tout juste, et
Pierce Brosnan commence à taper dans l'oeil des directeurs de casting. Notamment ceux de NBC, qui trouvent lors d'une audition leur perle rare : ils ont trouvé un visage séducteur pour incarner le héros d'une nouvelle série,
Les enquêtes de Remington Steele. Dans le smoking-noeud papillon de ce gentleman-cambrioleur devenu détective, l'acteur trouve l'un des premiers grands rôles de sa carrière. La série, un divertissement ultra-référencé et aussi léger que la surdiffusée
Amicâlement vôtre, est un succès immédiat dans les pays anglo-saxons puis en France. Si le personnage, dragueur cinéphile jamais avare d'un bon mot, s'inspire d'Arsène Lupin, les observateurs ne tardent pas à pointer les multiples ressemblances, notamment vestimentaires, avec le plus célèbre agent secret de sa Majesté. Agé de 33 ans,
Pierce Brosnan est de fait, mis en 1986 sur la short-list des successeurs potentiels de
Roger Moore, qui a prouvé avec
Dangereusement vôtre qu'il avait dépassé la date de péremption pour incarner une nouvelle fois le rôle.

remington steele
L'anecdote est désormais célèbre : ayant dans un premier temps conclu un accord avec la MGM pour tourner
Tuer n'est pas jouer sitôt la quatrième saison de
Remington Steele terminée,
Pierce Brosnan verra finalement le rôle lui passer sous le nez, lorsque NBC décidera de mettre en chantier une cinquième saison, qui sera pourtant tronquée et tombera dans l'oubli. Une grosse désillusion pour le comédien, qui souhaitait plus que tout réussir son passage sur grand écran, et accéder à une célébrité pour laquelle il se sait taillé. Avec le recul, l'acteur se fit malgré tout philosophe : «
En 1986, j'avais encore l'air d'un bébé, alors que James Bond est un rôle fait pour un acteur dans la quarantaine ». Loin d'être abattu, l'acteur, désormais un visage reconnu, va enchaîner les premiers rôles les plus variés dans une poignée de films d'action et d'aventure, tournés sans trop réfléchir, puisqu'il l'avoue lui-même, à l'époque il fallait bien nourrir ses trois enfants et s'occuper de son épouse Cassandra, atteinte d'un cancer (qui l'emportera en 1991).
Taffin, The Deceivers, The Heist, Le Quatrième protocole, la mini-série
Le tour du monde en 80 jours, le très bon
Mister Johnson, le téléfilm régulièrement diffusé sur TF1
Murder 101... Autant de titres qui font paradoxalement retomber l'acteur dans un certain anonymat, handicapé qu'il est par une absence réelle de grand rôle cinématographique, même si son talent pour les rôles de composition (comme pour
Le Quatrième protocole, où il interprète avec conviction un agent du KGB terroriste) n'est plus à prouver.