Or, dans Pearl Harbor, rien mais alors rien ne fonctionne et surtout pas la fameuse attaque aérienne qui fit entrer les Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale. Et pour cause, c'est loin d'être le centre d'intérêt majeur du réalisateur. Parachuté au beau milieu du triangle amoureux qui sert de moteur au récit, le bombardement de la flotte américaine est certes spectaculaire mais ressemble plus à une longue péripétie à la dramaturgie bien faible. La sauce ne prend pas et ce malgré la multitude de dollars utilisée pour cette séquence (une grande partie des 135 millions du budget est de toute évidence sur l'écran).Alors que la première partie aurait du faire monter la tension précédent cette attaque inévitable en expliquant de manière implacable les enjeux de la situation (comme Tora ! Tora ! Tora ! l'a si bien fait auparavant), le film se consacre avant tout à évoquer l'histoire d'amour entre un jeune officier, Rafe McCawley (Ben Affleck) et une jolie infirmière, Evelyn Stewart (Kate Beckinsale, plutôt convaincante) ainsi que l'amitié qui unit Rafe à son ami de toujours (et futur rival) Danny Walker (Josh Hartnett). De toute évidence, Michael Bay tente de jouer à fond la carte de Titanic mêlant une histoire d'amour aux événements historiques. Dans cette volonté assumée de faire un mélo flamboyant, on ne peut s'empêcher de penser que le réalisateur recherche une certaine forme de respectabilité et de reconnaissance artistique. Dire qu'il se montre maladroit dans sa tentative d'insuffler à son récit un semblant de lyrisme et d'émotion , est un sacré euphémisme. Il faut voir le flash-back sur la rencontre entre Rafe et Evelyn pour comprendre à quel point Michael Bay sera à jamais incapable d'avoir le moindre sens de la comédie : la scène est totalement risible et significative du peu d'intérêt qu'il réussit à faire naître de ses personnages et de leurs tourments.

Ainsi quand arrive enfin l'attaque, on est loin d'être installé dans le film. Les quelques scènes accordées au camp japonais ne sont pas là pour arranger quoique ce soit, bien au contraire. Le mot cliché semble bien faible en comparaison de la caricature que nous impose Pearl Harbor. Tout juste a-t-on le temps de pouffer de rire à l'énoncé de la phrase de l'amiral Yamamoto : « si j'étais un homme intelligent, j'aurais su éviter d'en arriver là ». La descente d'un verre de saké avant l'attaque dans un ralenti dont seul Bay semble détenir la recette (heureusement !) est également à mettre à l'actif des scènes les plus consternantes.
Une fois l'assaut sur Pearl Harbor lancé, on se dit qu'on va en avoir pour son argent. Si le festival pyrotechnique et l'assistance par ordinateur permettent alors de faire enfin décoller le film, cela ne dure que quelques éphémères minutes. Car ,alors que l'Amérique est en train de prendre sa raclée la plus terrible de son histoire, le film réussit à détourner l'intérêt du spectateur du massacre par un subterfuge scénaristique honteux. S'appuyant sur des faits historiques exacts, l'intrigue se déplace sur Rafe et Danny qui au risque de leur vie vont s'envoler pour pourchasser et détruire sept avions japonais. On s'éloigne ainsi de l'évocation du massacre pour se retrouver dans un épisode survitaminé et visuellement impressionnant des Têtes brûlées. Cela a à un avantage : permettre de faire passer la pilule aux américains et transformer une défaite cuisante en petite victoire. Sous ses attraits de spectacle flamboyant, Pearl Harbor a de sérieuses tendances à faire dans la démagogie et dans le patriotisme exacerbés (NDLR/ah bon ? ? ?).
Et ce n'est pas la dernière partie du film qui viendra changer cette impression navrante. Car, Pearl Harbor ne pouvait pas se finir sur le désastre du 7 décembre 1941. Non, il fallait montrer la riposte américaine afin d'assurer une rentrée financière importante au regard du budget pharaonique, les américains ne peuvant pas perdre. On a alors le droit à la préparation et au raid de 1942 sur Tokyo. Si l'héroïsme n'avait pu vraiment s'exprimer durant l'attaque de Pearl Harbor (exception faite du laveur de vaisselle black interprété par Cuba Gooding Jr qui devient un vrai soldat en descendant des avions japonais à l'aide d'une énorme mitrailleuse), le final offre à nos protagonistes tout le loisir de se rattraper. Au passage, l'histoire se permet de voler la notion de kamikaze cher au code de l'honneur japonais pour la transposer dans la bouche du Colonel Jimmy Doolittle (Alec Baldwin). Détestable !On n'a rien contre un film qui exergue le patriotisme américain mais trop c'est trop ! Michael Bay n'a pas su (ou voulu) s'arrêter. Le discours final est à ce titre consternant et totalement risible, tout comme l'est le passage où un Rooselvet paralysé (méconnaissable John Voight) se lève de sa chaise pour démontrer à ses officiers que rien n'est impossible. Quant au plan du chien réussissant à échapper au naufrage de l'Arizona au milieu de la multitude de cadavres, il en dit long sur le respect et la compassion que peut avoir Bay sur les milliers de soldats qui moururent ce jour là. Le film est ainsi plombé par ses dialogues, ses séquences (mention spéciale au flou artistique que n'aurait pas renié David Hamilton lors des séquences à l'infirmerie suite à l'attaque) et ses plans souvent ridicules (ah le plan sous-marin au ralenti du drapeau américain troué en train de couler !). Chaque essai filmique se conclue par un échec cuisant. A ce titre, l'idée de filmer durant l'attaque en utilisant par moments l'objectif 8 mm de la caméra d'un reporter, est un sommet de ringardise inénarrable.

De toute évidence, le responsable principal de l'échec artistique total de Pearl Harbor est bien sûr Michael Bay. L'homme qu'on aime haïr (bien aidé par son scénariste Randall Wallace , à mille lieux de son inspiration de Braveheart) démontre une capacité à faire n'importe quoi qui atteint des sommets, réussissant l'exploit de faire des plans qui défient toute logique et toute grammaire cinématographique (la séquence d'ouverture est un condensé parfait de ce que la Bay Touch est capable de produire de pire). Non content d'être un technicien doué (il faut lui reconnaître un certain savoir faire) mais peu inspiré, il se révèle être un bien piètre conteur d'histoire. Tout le contraire d'un James Cameron en fait !
Laurent Pécha












































