
Florent Kretz 7
COURSE A LA MORT
Un film de Paul W.S. Anderson
Avec Jason Statham, Tyrese Gibson, Ian McShane, Joan Allen
Durée : 1h45
Date de sortie : 15 Octobre 2008

COURSE A LA MORT de paul w.s. anderson
Combien d'entre nous avaient plus d'une fois protesté contre la réelle légitimité qu'un gars comme Anderson puisse s'atteler à des films aux budgets pleins à craquer mais surtout à des franchises qu'il aurait été regrettable d'écorcher alors que tant d‘autres ramaient dans leurs coins pour quémander quelques copecks salvateurs ? Combien d'entre nous ont haït le type qui réalisait ses rêves en foutant en l'air ceux des autres ? Pas la peine de chercher bien loin : tous ! Nous avons tous jeté la pierre sur la trogne de ce grand benêt qui balançait de la techno sur un peu tout et n'importe quoi et qui réinventait la mythologie Predator à grands coups de pyramides Mayas... Pourtant, quelques uns, restés encore lucides malgré l'animosité naturelle ambiante, avaient eu la chance d'être surpris par le passé : s'il ne s'était pas révélé sous ses meilleurs jours avec Shopping en 1994 et le plaisir -très- coupable Mortal Kombat et s'il s'était carrément grillé dès les années suivantes avec Resident Evil ou AVP, il avait néanmoins eu quelques élans révélateurs. Event Horizon le vaisseau de l'au-delà, par exemple, fait partie de ces films aux concepts fascinants et ayant tout pour eux mais qui se voient gentiment esquinter par le manque de maturité de leur auteur : malgré la réelle volonté de bien faire, le chien fou se perdait dans la recherche de lui-même et d'un style propre entre un académisme indispensable et la démence tromboscopique vers laquelle il penchait inévitablement. La vraie révélation se fera cependant l'année suivante : sa collaboration avec sieur Kurt Russell fut tel un électrochoc prometteur, les deux construisant main dans la main une série B de science fiction à la fois totalement dans la tradition instaurée par Heinlein et radicalement encline à se montrer paradoxalement percutante et bouleversante. Le temps d'un film mal exploité et mal vendu, pris dans la tourmente d'une réputation en chute libre, les aventures de Todd se retrouvèrent directement exilées dans les sombres rayons des vidéoclubs les plus miteux. Empreint d'une étrange poésie et fort surtout d'une vision d'auteur, Soldier annonçait la possibilité, un jour, de découvrir un Anderson adulte...

COURSE A LA MORT de paul w.s. anderson
Ne nous enflammons tout de même pas puisque, oui, la crise de l'adolescence semble bien s'être conclue chez lui mais, bizarrement, pas comme on pouvait s'y attendre. Il semble évident qu'il s'est passé quelques choses dans la tête du réalisateur pour que, du jour au lendemain, il décide de s'atteler au remake d'un classique alors même qu'il en détenait les droits depuis plusieurs années sans oser y toucher : il semble enfin avoir assumé le fait d'avoir été -et d'être encore- un vieux gamin que trois explosions éclatent et que l'arrivée de bombes sexuelles excite. Il semble totalement admettre que l'adrénaline que lui procurent des bastons viriles peut être transmissible au public et qu'il n'y a rien de honteux à choyer la série B burnée à condition de le faire avec respect mais sans pour autant crier au génie... C'est donc dans cette intégrité surprenante qu'Anderson se place en général de son défilé de bolides de l'enfer, avec toujours l'énergie qu'on lui connaît mais surtout avec un recul incroyable sur ses oeuvres précédentes. Ainsi, il semble avoir assurément assimilé la dimension « pétard mouillé » de l'ensemble de son oeuvre et, sans doute rassasié -et rassuré- par l'excessif et jouissif Doomsday de Neil Marshall, il s'aventure en chef d'orchestre d'une fanfare amenée à perdre un à un ses instruments. Comprenant enfin les attentes extérieures et ne répondant plus uniquement à ses désirs personnels, il propose un divertissement à l'étonnante efficacité durant lequel le metteur en scène se pliera en quatre pour réinventer chaque rebondissement pourtant assez prévisibles. Prévisibles non pas par un défaut de mise en scène -au contraire, elle risque d'en surprendre plus d'un- mais par un scénario qui tient écrit sur un ticket de cinéma. « La course à la Mort » : ça causera donc de compétition extrême... Mais encore une fois, les choix d'Anderson surprendront les plus exigeants !
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