
FERNANDO MEIRELLES : CONTEUR HUMANISTE
Tout sur BLINDNESS - La Critique - Photos - Le 2008-09-24 03:29:38
BLINDNESS de fernando meirelles
A ses débuts, Meirelles se consacre au cinéma expérimental, puis il monte sa boite de production. Son format de prédilection est d'abord la vidéo. Ce n'est pas anodin. Dès l'ouverture de La Cité de Dieu, film qui l'a fait connaître sous nos latitudes (même si c'était sa troisième réalisation), le montage est syncopé, énergique. On y voit une bande de gamins à la poursuite d'un poulet affolé, qu'ils vont capturer pour le manger. Il y a les visages, fugitifs, les corps et la caméra en liberté perpétuelle dans les entrailles de la cité de Dieu où on est plongés. On en découvre chaque recoin, comme des promeneurs avides d'images.
On s'attend, vu la nature du sujet, à un film de mafia au traitement brut, à rapprocher de l'excellent Boyz'n the hood. Pourtant, Meirelles s'attache à chaque protagoniste et raconte l'histoire en la découpant comme un conte, une fable qui n'est pas exempte de tendresse ou de nostalgie. On assiste à la montée du fascinant et terrifiant petit Ze, devenant ensuite Ze Pequeno. L'histoire commence dans les années 60 et s'étend sur plusieurs décennies (celles du passage à l'âge adulte). Mais on ne s'en tient pas à la seule dimension sociologique (malgré le fait que tout cela s'inspire de fait réels). Parce que l'approche est ouvertement subjective, vue à travers les yeux du personnage de Fusée. Ce parti-pris évite le jugement, la distance, le misérabilisme ou la froideur d'une situation convenue. Et c'est là toute la différence, on connaît les personnages, leurs côtés dérisoires, comiques et touchants, ils ne sont pas réduits à des clichés mais deviennent comme des connaissances.

la cite de dieu
L'endroit diabolisé et lointain prend alors visage humain, on connaît les aspirations du jeune photographe, du sympathique Manu Tombeur, on tombe sous le charme de la plus belle fille de la favela. On se souvient des premières amours, des premiers frissons adolescents. On s'identifie. Bien-sûr il y a la drogue, les flingues, une violence presque banale présentée avec une inventivité, un art du montage et une ironie qui ne sont pas sans rappeler le Scorsese de Les Affranchis, qui, en même temps qu'il signait un film de mafia fondamental, dépeignait le quartier de son enfance et les personnages qu'il y côtoyait. Ici quand la violence éclate, elle a un caractère plus spectaculaire, plus choquant, car on s'est attaché à chaque protagoniste. Elle dévoile alors son vrai visage, horrible, puisque Ze Pequeno en vient par exemple à tuer son meilleur ami. Chaque mort transforme cette fable, qui porte d'abord un regard enfantin et allègre sur ce quartier, en véritable tragédie initiatique et formatrice pour son narrateur.
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