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FERNANDO MEIRELLES : CONTEUR HUMANISTE

FERNANDO MEIRELLES : CONTEUR HUMANISTE

Tout sur BLINDNESS - La Critique - Photos - Le 2008-09-24 03:29:38


Fernando Meirelles au cinéma, c'est avant tout la Cité de Dieu. Révolutionnaire dans sa forme et dans son traitement, il a donné pour la première fois à voir les favelas sans le manichéisme et les clichés qu'il est facile de leur apposer. Ainsi on ne voit pas seulement des zones barbares dominées par le crime, aux mains de dangereuses racailles. Ce qui intéresse le cinéaste est de les montrer dans leur dimension humaine, dépeindre le quotidien de jeunes gens liés par des amitiés fortes, dans une sorte de société parallèle (la favela obéit à ses propres codes, ses propres lois et semble un monde à part). Avec The Constant gardener, Il se penche ensuite sur la manière scandaleuse dont l'industrie pharmaceutique teste des médicaments sur les populations défavorisées d'Afrique. Il ne signe pas pour autant une sorte de documentaire militant sur le sujet mais s'attache aux destins de deux personnages très différents, interprétés par Rachel Weisz et Ralph Fiennes. Il raconte leur histoire d'amour. Même lorsqu'il aborde la science fiction avec Blindness (sortie le 8 octobre), c'est toujours avec cette approche humaniste.



BLINDNESS de fernando meirelles - photo 1
BLINDNESS de fernando meirelles

A ses débuts, Meirelles se consacre au cinéma expérimental, puis il monte sa boite de production. Son format de prédilection est d'abord la vidéo. Ce n'est pas anodin. Dès l'ouverture de La Cité de Dieu, film qui l'a fait connaître sous nos latitudes (même si c'était sa troisième réalisation), le montage est syncopé, énergique. On y voit une bande de gamins à la poursuite d'un poulet affolé, qu'ils vont capturer pour le manger. Il y a les visages, fugitifs, les corps et la caméra en liberté perpétuelle dans les entrailles de la cité de Dieu où on est plongés. On en découvre chaque recoin, comme des promeneurs avides d'images.

On s'attend, vu la nature du sujet, à un film de mafia au traitement brut, à rapprocher de l'excellent Boyz'n the hood. Pourtant, Meirelles s'attache à chaque protagoniste et raconte l'histoire en la découpant comme un conte, une fable qui n'est pas exempte de tendresse ou de nostalgie. On assiste à la montée du fascinant et terrifiant petit Ze, devenant ensuite Ze Pequeno. L'histoire commence dans les années 60 et s'étend sur plusieurs décennies (celles du passage à l'âge adulte). Mais on ne s'en tient pas à la seule dimension sociologique (malgré le fait que tout cela s'inspire de fait réels). Parce que l'approche est ouvertement subjective, vue à travers les yeux du personnage de Fusée. Ce parti-pris évite le jugement, la distance, le misérabilisme ou la froideur d'une situation convenue. Et c'est là toute la différence, on connaît les personnages, leurs côtés dérisoires, comiques et touchants, ils ne sont pas réduits à des clichés mais deviennent comme des connaissances.



la cite de dieu  - photo 1
la cite de dieu

L'endroit diabolisé et lointain prend alors visage humain, on connaît les aspirations du jeune photographe, du sympathique Manu Tombeur, on tombe sous le charme de la plus belle fille de la favela. On se souvient des premières amours, des premiers frissons adolescents. On s'identifie. Bien-sûr il y a la drogue, les flingues, une violence presque banale présentée avec une inventivité, un art du montage et une ironie qui ne sont pas sans rappeler le Scorsese de Les Affranchis, qui, en même temps qu'il signait un film de mafia fondamental, dépeignait le quartier de son enfance et les personnages qu'il y côtoyait. Ici quand la violence éclate, elle a un caractère plus spectaculaire, plus choquant, car on s'est attaché à chaque protagoniste. Elle dévoile alors son vrai visage, horrible, puisque Ze Pequeno en vient par exemple à tuer son meilleur ami. Chaque mort transforme cette fable, qui porte d'abord un regard enfantin et allègre sur ce quartier, en véritable tragédie initiatique et formatrice pour son narrateur.

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