

LA HAINE de mathieu kassovitz
Raphael :
Mathieu Kassovitz est un paradoxe vivant, un réalisateur polymorphe qu'on a du mal à ranger dans une case précise, et qui de plus, encaisse souvent des jugements hâtifs de la part de certains cinéphiles mal avertis. Bien qu'il soit le fils d'un réalisateur, son père Peter Kassovitz n'a pas suffisamment percé dans le monde du cinéma pour qu'il soit écrasé par un quelconque héritage. Libre et léger, sans autre formation que celle de l'écran, il bouffe du film en étant l'heureux possesseur d'un des premiers magnétoscopes (encore plus luxueux à la fin des années 70 qu'un lecteur Blu-Ray à 600 euros aujourd'hui), il encaisse de plein fouet le choc Spielberg comme bon nombre de réalisateurs de sa génération (mais il n'oubliera pas de citer son influence prédominante, à l'inverse de bon nombre de ses compères). Fasciné et tétanisé devant Les dents de la mer, il assimile assez vite les bases cinématographiques et ses premiers courts sont très probants, surtout "Fierrot le Pou". Il débarque dans une boîte de prod' avec son court, le producteur Christophe Rossignon (simple stagiaire à l'époque) décèle tout de suite un talent hors normes.
Les réalisateurs français qui s'attaquent au film de genre (de Christophe Gans à Pascal Laugier) souffrent souvent d'un symptôme qui les poussent à citer à tout bout de champ leurs sources d'inspiration dans chacun de leurs plans ("oh! ça, je l'ai tourné en hommage à Bava ! Et ce travelling, c'était pour faire un truc à la De Palma !", un vrai syndrome de « citationnite » aigue). Chez Kasso, ses 2 premiers films seront des versions francisées des premiers Spike Lee (Nola darling n'en fait qu'à sa tête et Do the right thing pour Métisse) et des Scorsese du début (La Haine cite textuellement Taxi Driver et l'errance nocturne au dénouement tragique rappelle également Mean Streets), mais le décalque n'est pas ressenti comme forcément gênant, le spectateur n'est pas asphyxié. Si défauts il y a dans ses deux premiers films, ils proviennent plutôt d'un décalage gênant entre l'aspect à la fois concret (vision réaliste de la banlieue d'un point de vue "anthropologique") et irréel (cette bande de potes "Benetton", Kassovitz en skinhead, etc.) de son cinéma, mais le résultat ne souffre pas des tares du reste de la production cinématographique franchouille et dépasse largement ce que l'on peut voir en salles quand on a envie d'aller voir ce qui se fait dans l'hexagone.

LA HAINE de mathieu kassovitz
La Haine m'avait marqué à l'époque, aujourd'hui, le film me fait plutôt rire, on dirait un sketch des Guignols de l'info période Gaccio... Il subsiste un noir et blanc sublime, une mise en scène de grande classe et une conclusion métaphorique inchangée ("c'est l'histoire d'une société qui tombe...") depuis 1995.
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CINE : BABYLON A.D.Il aura fallu plus de cinq ans à Mathieu Kassovitz pour accoucher de son ... | ||
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CINE : BABYLON A.D.




































