
Vincent Martini 2
HARCELES
Un film de Neil LaBute
Avec Samuel L. Jackson, Patrick Wilson, Kerry Washington, Jay Hernandez, Regine Nehy
Durée : 1h51
Date de sortie : 1er octobre 2008

HARCELES de neil labute
Si le film ne brille pas par son originalité, le moins que l'on puisse dire est qu'il se révèle d'une efficacité redoutable. Le cinéaste Neil LaBute évite le piège de faire reposer son long-métrage uniquement sur les épaules de sa vedette Samuel L. Jackson en donnant la possibilité aux deux autres comédiens, Patrick Wilson et Kenny Washington qui incarnent le couple, et également Regine Nehy, qui interprète elle la fille du policier, de donner le meilleur d'eux-mêmes dans certaines scènes très tendues. Terriblement ironique, strict et autoritaire, le rôle du policier sied à Samuel L. Jackson comme un gant, l'acteur poussant la nature raciste de son personnage dans le moindre geste, le moindre regard. Mais le film n'est pas seulement un thriller se développant autour du thème racial, c'est surtout le portrait d'une Amérique qui arrive à bout d'une logique communautaire, pas seulement centrée sur la couleur de la peau mais tout simplement une logique qui démontre ses limites sur le bien fondé du repli en groupe, ici la fameuse résidence privée Lakeview Terrace bientôt menacée par le feu dévorant les collines alentours.

HARCELES de neil labute
La figure du policier paraît tel le rempart de l'ordre et de la sécurité, un repère d'autant plus évident qu'Abel Turner effectue ses rondes dans le quartier tous les soirs, de manière officieuse. A une vision littérale du film, l'ennemi semble se profiler de tous les côtés, celui des quartiers pauvres en contrebas de la colline où vivent les enfants délinquants (que l'on ne verra jamais), celui de la nature menaçante lorsqu'elle envoie les flammes raser les environs, mais surtout du côté du quartier lui-même, c'est-à-dire de l'intérieur, en la personne du policier menaçant. Face à ces dangers, le couple tient bon. Pourtant le seul vrai spectre qui terrifie les tourtereaux est bien celui qu'il côtoie tous les jours et là se trouve la véritable conclusion du film, le repli sur soi ou en groupe ne permet pas de se protéger plus efficacement. Le traumatisme des attentas du 11 septembre a révélé combien les attaques pouvaient survenir non pas de l'extérieur mais aussi du propre territoire américain ayant pour conséquences de refermer le pays encore un peu plus aux échanges avec le monde. Un processus paranoïaque qui ne mène qu'à un isolement encore plus évident.

HARCELES de neil labute
La parabole de l'incendie qui dévore les environs et qui vient lécher les frontières du quartier trouve bien entendu un écho à la guerre actuelle en Irak, qui touche indirectement la population américaine. A plusieurs reprises Abel Turner indique combien ceux « d'en bas » sont dangereux et combien il compte faire du quartier de Lakeview Terrace un endroit sûr où élever ses enfants mais un jour où l'autre l'incendie, ou les tremblements de terre viendront peut-être briser l'harmonie et la tranquillité des résidences avoisinantes. L'on ne peut se couper totalement du monde, au risque de se faire rattraper par lui.
David A.
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