

VINYAN de fabrice du welz
Comment avez-vous découvert l'univers de Fabrice Du Welz ?
J'ai découvert son travail lorsque j'étais membre du jury au festival de Cannes. J'ai vu Calvaire et je trouvais son univers très étrange. Lui-même était étrange. Fabrice a l'âme et la maturité d'un vieux, et en même temps le côté transgressif, audacieux, insolent d'un enfant. J'avais rarement vu un film qui traite aussi bien de l'absence, du manque de désir physique, sexuel. J'ai trouvé ça puissant. Je ne suis pas une fanatique de cinéma, je n'y vais pas tout le temps mais quand je tombe sur des gars comme lui, ça m'intéresse. J'aimerais les rencontrer. Et par chance, c'est arrivé. Je ne regrette rien.
Si on excepte quelques films comme Histoire de Marie et de Julien, de Jacques Rivette, vous n'avez jamais exploré le cinéma fantastique.
Je provoque rarement les projets. Ce sont les autres qui pensent à moi. Je ne suis pas dans la frustration, je continue mon chemin, j'ai fait beaucoup de films d'auteurs, je suis partie dans les comédies. Fabrice est arrivé et c'est une autre culture cinématographique qui m'était offerte, avec un sens esthétique, une volonté de transgresser, une manière de transcender le sujet du deuil qui nous parle à tous. Ça m'intéresse. De toute manière, toutes les terres étrangères m'intéressent. Je crois qu'on ne fait pas ce métier si on n'est pas prêt à s'aventurer. Le cinéma, ce sont des rencontres, c'est l'autre, c'est qui nous sommes.

VINYAN de fabrice du welz
En voyant le film, on ne fait presque plus de distinction entre la réalité et la fiction. Comme si vous étiez possédée par le fantôme de votre personnage.
Fabrice s'inscrit dans le mouvement surréaliste, à mi-chemin entre le réel et l'imaginaire. Personnellement, avant de commencer le tournage, j'avais une idée préconçue de mon personnage, mais il y avait très vite quelque chose qui s'apprêtait à être déconstruit. Je ne voulais pas créer un deuil stéréotypé. Je n'avais pas envie de ça, je trouvais ça presque indécent. Donc j'étais prête à m'embarquer dans son voyage surréaliste. Je me suis demandée ce que cherchait mon personnage. On n'a jamais retrouvé le corps de son enfant, donc cet enfant n'est ni mort ni vivant. Elle le retrouve dans une sphère qui nous est inconnue, qui n'est ni la mort ni la vie mais peut-être une âme errante. Le titre du film est très beau parce qu'il répond aux questions qu'on se pose. Je pense que c'est la prise de conscience de la mort, la confrontation avec la mort, qui provoque ce cheminement. Je crois que ce qui est le plus insupportable pour le personnage, c'est la sociabilité. On dit beaucoup qu'elle perd ce côté humain pour retrouver sa part animale. La mort est le point de départ du film. En découlent cette léthargie, cet état de choc. Elle est dans le déni mais il y a un instinct de vie parce qu'il y a de la révolte et de la colère. Au bout de son périple, est-ce qu'elle n'y trouve pas la vie finalement ? Tous les jours, je fais une interprétation différente du film ; et c'est pour cette raison que j'accepterai toutes les interprétations possibles. Je pense que, sur le tournage, beaucoup d'éléments nous ont échappés et quelque part, c'est tant mieux.
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CINE : VINYANUn couple endeuillé par la perte d’un enfant pendant le Tsunami. Un drame intime... | ||







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