
EMMANUELLE BEART : CLASSE PAS CLASSE
Tout sur VINYAN - La Critique - Photos - Le 2008-09-30 18:12:00
manon des sources
MANON DES SOURCES TRES CLASSE
Après Jean de Florette, Claude Berri tourna sa suite Manon des sources en 1986. C'est véritablement le film qui révéla Emmanuelle Béart avec une image de sauvageonne, sublime à la blondeur angélique qui lui colla longtemps à la peau. Quelques années après que le papet et Ugolin aient bouché la source du « pauvre monsieur Jean », on retrouve sa fille, bergère, qui hante les collines, se consacrant à ses chèvres. Un jour, Ugolin l'aperçoit et tombe éperdument amoureux d'elle. Le ton de ce second volet est beaucoup plus grave, car la passion de cet homme disgracieux -qui de plus a anéanti le père de sa belle- est absolument douloureuse. Daniel Auteuil devient ici une figure tragique (lorsqu'il se coud le ruban de sa belle sur le ventre). Béart est farouche, d'abord insaisissable, dans un rôle presque muet, au plus proche de la nature et du cadre dont elle semble faire partie intégrante. Il y a en elle une énergie sauvage, une douleur majuscule (dans le cri qu'elle pousse lorsqu'elle découvre le forfait d'Ugolin et de son papet). Manon est un personnage gouverné par ses instincts, ses pulsions. Le registre est celui des émotions premières: la crainte, la méfiance, jusqu'à l'amour qu'elle éprouve pour l'instituteur. Elle est intense et viscérale. La jeune Emmanuelle est magnifique dans ce rôle. Contrastant totalement avec les manigances élaborées de Yves Montand et Daniel Auteuil, elle est une force naturelle à laquelle rien ne résiste, par elle arrivera le châtiment. Les beaux personnages de Pagnol trouvaient ici des interprètes à la hauteur.

un coeur en hiver
UN COEUR EN HIVER CLASSE
Emmanuelle Béart fut l'une des égéries importantes du grand Claude Sautet. Dans ce film étrange et envoûtant de 1991, elle retrouvait Daniel Auteuil, ici dans la peau d'un luthier perfectionniste et au coeur froid qui donnait son titre au film. Elle était la belle violoniste qui tentait de briser l'indifférence de cet homme qui rappelle l'Etranger de Camus. Son ami Dussolier éprouve quant à lui une réaction normale à l'apparition de cette femme. Emmanuelle Béart est l'amoureuse qui ne parvient pas à atteindre Auteuil pour qui elle se consume. A force de ne pas répondre à ses avances, il détruit sa partenaire, lui fait connaître les tourments d'un amour qu'il ne sait pas lui rendre. S'instaure alors une passion détraquée, presque sadomasochiste (même s'il est sadique sans vraiment le vouloir). Elle s'offre et se dévoile à lui et il ne réagit pas. Elle est aussi franche et ouverte que lui demeure opaque, impassible et impénétrable. Sa seule passion, ce sont les instruments dont il est chargé de prendre soin. Que cette sublime beauté le laisse totalement froid crée un sentiment de malaise, la déstabilise totalement. L'intimité déréglée du personnage d'Auteuil semble déranger l'ordre du monde et plonge sa partenaire dans un excès de doute où elle perd l'équilibre. L'actrice est impressionnante dans sa manière de suggérer son intimité bouleversée.
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