

VINYAN de fabrice du welz
En dépit de quelques similitudes, le film s'avère très différent de Calvaire. Vous n'avez pas peur que les spectateurs s'attendent à une oeuvre dans la même veine drôle et trash, avec Emmanuelle Béart à la place de Laurent Lucas ?
Sur Calvaire, certains ne voyaient que le côté potache. Du coup, ils passaient complètement à côté du film. Pour moi, c'était une comédie noire très belgicaine, à la manière - et je dis ça de manière précautionneuse - de C'est arrivé près de chez vous. Sur Vinyan, je ne voulais pas m'encombrer de digressions trop absurdes ou trop lourdes. Je voulais me confronter au drame. Il y a néanmoins comme dans Calvaire une volonté de partir d'un contexte réaliste pour glisser vers la métaphore. Je veux que les gens savourent la métaphore et se permettent de glisser de manière très décomplexée. Sinon, on peut refuser cette métaphore et passer à côté. Je ne dis pas que mon film est un chef-d'oeuvre, mais je réclame que le spectateur se mette en disponibilité pour accepter le voyage. C'est le minimum.
Dans quelle mesure les comédiens se sont abandonnés dans le film ?
Beaucoup de gens me parlent effectivement de cette notion d'abandon chez les comédiens. Il faut dire que Emmanuelle (Béart) et Rufus (Sewell) ont une étiquette cinématographique très forte. L'idée, pendant le tournage, c'était d'arriver à casser ça. Pour ce qui est de l'abandon, je crois que ça repose avant tout sur la confiance, la détermination et aussi le fait de partager la même vision. De tous regarder dans la même direction. A un moment donné, Emmanuelle et Rufus se sont lâchés parce qu'ils étaient en confiance. Moi, tout ce que j'essaye de faire, de manière un peu basique, c'est de maîtriser mes journées de tournage et de faire en sorte qu'il règne sur le plateau un climat harmonieux, propice à cette forme de création. Il y a des artistes qui aiment travailler dans le conflit. Moi pas. J'ai besoin de fédérer les gens autour d'une cause. Et la cause chez moi, c'est le film. C'est très égoïste ce que je vais dire mais ils doivent retranscrire "ma vision". Je ne dis pas que ma vision est ultime mais je m'enrichis de tout ce que je peux dans une direction qui est très forte. Si j'ai un regret aujourd'hui, c'est d'avoir eu si peu de temps pour tourner car j'aurais pu aller encore plus loin. Avec Emmanuelle, je sais que je retravaillai parce qu'aujourd'hui il y a un capital. On s'entend bien et j'ai envie de pousser encore plus loin sa capacité à s'abandonner.

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Vous avez beaucoup coupé au montage ?
J'avais tellement peu de temps lors du tournage que j'ai pratiquement mis tout ce que l'on avait filmé. J'ai dû réécrire le scénario lors du montage entre les éléments qui manquaient et ceux qui n'étaient pas nécessairement réussis. A l'inverse, j'ai parfois eu de bonnes surprises. Je continue de penser qu'il manque deux semaines de tournage. J'aurais aimé avoir plus de temps. Comme on tournait dans le sud de la Thaïlande, dans des conditions difficiles, les rushs partaient à Bangkok et il fallait attendre quatre voire cinq jours avant qu'ils ne reviennent. Avec Benoît Debie, nous prenions des risques insensés. Nous ne savions pas à quoi cela allait ressembler. On bougeait, on cassait le décor, on partait ailleurs. C'était très difficile de revenir en arrière. De manière inconsciente, nous avons dansé sur un volcan et en même temps c'est ce qui fait la force du film. La fièvre aussi, jusque dans ses imperfections. Pour peu qu'on soit sensible à la fièvre dans le cinéma actuel, je pense que le film peut provoquer, chez certains en tout cas, une réelle excitation.
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