

CRIA CUERVOS de carlos saura
Nous racontant l'histoire d'Ana, jeune fille de neuf ans, orpheline et vivant dans un univers qu'elle s'est créée, Cria Cuervos se fait donc tour à tour fresque sociale et historique, chronique intime, jeu sur la représentation, tout en présentant de son réalisateur, sa passion première et profonde, la photographie, l'art par excellence du détail et du cadre. Porté par la chanson Porque te vas de Jose Luis Perales et nous faisant retrouver la toute jeune Ana Torrent que l'on avait découverte trois ans auparavant dans l'Esprit de la ruche, ce onzième film de Carlos Saura reste marqué de fait de la qualité rare qui caractérise seule les grands films. Ample et d'une sensibilité extrême, ce film que récompensa en 1976 d'un Grand Prix spécial le Festival de Cannes méritait donc évidemment que l'on s'arrête quelque peu sur lui, et plus sûrement encore sur l'un de ses temps forts, sa remarquable introduction.
S'ouvrant par une succession de photographies à l'allure familiale qui définissent tour à tour la naissance d'Ana, son milieu, le couple formé par ses parents et l'importance de sa mère, Cria Cuervos inscrit par le biais du feuilleton, les prémisses d'une histoire et ses enjeux.

cria cuervos scan

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Mettant en avant la mère que l'on apprendra plus tard disparue, le film commence donc son récit par des images fixes dans lesquelles le cinéaste s'amuse à entrer en les décadrant progressivement. Révélation de l'importance d'une mère et célébration par le média photographique, d'une naissance, le support employé et la technique utilisée appellent deux remarques. La première vise à remarquer que la fixité retenue et l'absence de mouvements conduisent à l'expression d'une situation figée et passée, celle que reflète comme l'aurait pensé André Bazin, le statut de l'image photographique en tant qu'empreinte muséale et momifiée d'un instant révolu. La seconde remarque vise à la célébration et la sanctification de la mère dans le cadre. En effet, morte comme on le saura plus tard, Cria Cuervos par ce biais appelle directement au lien entre une fille et sa mère, lien étroit et plus encore indépassable car enregistré pour l'éternité d'une impression argentique, elle-même doublée par l'enregistrement cinématographique. Théoriquement et formellement, les premières secondes du métrage incitent donc à l'enthousiasme et à l'admiration tant la multiplication d'enjeux esthétiques conséquents et leur intégration - simple et presque en contrebande - dans la narration sont notables.
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