
JULIANNE MOORE : DANS LE SECRET DES DESTINS BOULEVERSES
Tout sur BLINDNESS - La Critique - Photos - Le 2008-10-03 02:17:48
BLINDNESS de fernando meirelles
Après des débuts au théâtre (où elle côtoiera plus tard Al Pacino et Meryl Streep), des apparitions dans des films tels que La Main sur le berceau ou Body (avec Madonna), son registre et son audace s'imposent dans le Short cuts de Robert Altman en 1994. Venant du Soap opera télévisé où elle a d'abord rencontré le succès, la cohérence de ses choix au cinéma n'était pas encore évidente à ce stade. Le rôle de Moore est audacieux. Elle y est simplement vêtue d'une chemise et totalement nue en bas, parlant avec Matthew Modine, son compagnon. Au milieu d'une scène de dispute qui s'envenime, elle lui avoue une infidélité vieille de trois ans. Comme souvent, les apparences doivent être sauves et la séquence s'achève lorsqu'il va allumer le barbecue car ils ont des invités. Mais une forme de violence s'est invitée dans le quotidien : ici le monstre de la jalousie qui ronge son mari.
A côtés des grosses productions où elle apparaît dans les années 90 (Le Fugitif ou Assassins avec Stallone), on retrouve cette routine bouleversée, ce destin que l'on croyait tout tracé qui se trouve soudainement totalement menacé. C'est même particulièrement tangible dans ce blockbuster réussi qu'est Jurassic Park 2 : le Monde perdu de Spielberg (essayez donc de continuer tranquillement votre vie avec un dinosaure très énervé sur vos talons).

safe
Mais c'est d'abord Safe de Todd Haynes en 1995 qui inaugure ses grands rôles de femmes à la vie bouleversée. Elle y incarne une femme au foyer modèle, évoluant dans un ennui routinier. Rien ne laisse présager du tour inattendu que va prendre son destin. Elle étouffe littéralement, est allergique à toutes sortes de produits chimiques (ou à la vie elle-même). La première crise est provoquée par l'arrivée d'un canapé noir, couleur qui n'était pas celle qu'elle avait commandée. On croit d'abord à une dépression nerveuse, notamment lorsqu'elle a une autre crise pendant une réunion d'amies bien sous tout rapports qui célèbrent un anniversaire. Mais le film, qui semblait d'abord une critique des banlieues lisses américaines et de leur conformisme angoissant, devient le récit d'une descente aux enfers. Elle vit dans l'obsession d'avoir un environnement pur et stérile, libre de tout ce qui pourrait affaiblir son système immunitaire. Elle se joint à un groupe qui ressemble à une secte. L'état de Moore se rapproche de plus en plus de celui d'un malade du Sida. Safe, en 1995, est une parabole brillante des travers de notre société occidentale, suggérant beaucoup de ses phobies. Tout comme Blindness aujourd'hui, c'est avant tout une oeuvre symbolique.
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